II Le rôle des étrangers dans la résistance

3. Les réseaux et les maquis

Un peu partout des réseaux de résistance se forment pour mener le combat contre l'occupant allemand. Des étrangers immigrés ou des Français qui ont perdu leur citoyenneté y entrent et participent aux actions.

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Par exemple, à Lyon, Joseph Torralba

Une famille de Résistants espagnols

Joseph Torralba appartient à une famille d'origine espagnole qui a émigré en 1915 et s' est installée à Villeurbanne et qui s' est engagée très tôt dans le combat pour la liberté. Sa sœur Flore fut agent de liaison. Son père  Joseph, ses frères Pierre et Paul ont appartenu, comme lui, au Bataillon Henri Barbusse. Paul a été blessé lors de l'insurrection de Villeurbanne, et le père a été tué dans les combats de Pusignan.

Mers-El-Kébir

En 1939, Joseph est appelé sous les drapeaux et il rejoint le cuirassé Provence. Il se trouve à Mers-El-Kébir, au Maroc, quand les Anglais coule la flotte française afin qu'elle ne tombe pas aux mains des Allemands après l' armistice. Joseph survit, mais il est «très éprouvé par cet événement, et il regagne très triste Villeurbanne» où il retrouve son poste aux Etablissements Gendron.

De la résistance individuelle à «Combat»

En 1941, il constitue dans son usine, avec trois camarades, une équipe déterminée à saboter les produits destinés à l'ennemi. Ils mettent en panne certaines machines outils particulièrement performantes.

Un jour, il a entre les mains un tract de «Combat». Puis, il est contacté par le réseau et devient membre sous 1e pseudonyme de «Antonio». On lui confie la lutte contre le S.T.O. et le recrutement pour les Maquis. I1 initie les jeunes volontaires au maniement des armes et aux plasticages.

Avec son frère Paul et Jeannot Bathias, i1 monte à Craponne une sorte d'imprimerie clandestine pour réaliser des tracts, des notes d'informations urgentes qu'ils répartissent ensuite dans les usines.

l'insurrection de Villeurbanne

A la veille de l' insurrection de Villeurbanne, sous 1e pseudonyme de Mimosa, il participe à la libération d'otages et de prisonniers politiques à l'hôpital de l'Antiquaille. Le groupe est pris en chasse mais parvient à échapper à ses poursuivants. Il participe au soulèvement de Villeurbanne dont il écrit :

«Ce furent les barricades... Toutes sortes de gens se présentaient à moi. Tu sais «Mimosa», me disaient-ils, nous voulons nous battre, nous voulons des armes. Hélas, les armes manquaient ! Je me suis trouvé à la tête de plus de cent personnes inconnues de moi. Elles étaient plus ou moins armées... » 1
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Les Polonais ont participé à toutes les formes de combat de la Résistance

Ceux qui n'ont pu rejoindre les forces Polonaises de Grande Bretagne s'engagent dans la résistance intérieure. De nombreux maquis de France ont eu dans leurs rangs des Potonais. C'était ainsi leur revanche après la perte de leur pays. Citons l'un d'entre eux, Stanislas KUBACKI, qui dira avant d'être fusillé : "Je meurs pour la liberté, pour la France et pour la Pologne". Son nom sera donné à un bataillon polonais qui prit part à la libération de Paris.

Plus près de nous, des Polonais étaient nombreux dans les maquis de 1'Ain, de Monceau-les-Mines, à la Versanne entre St Etienne et Bourg Argental. La Compagnie "Jaroslaw DABROVSKI", formée à St Pierre la Palud fut plus tard incorporée dans le "Bataillon Henri BARBUSSE" ; elle prit une part active à la libération de St Consorce, de Villeurbanne et de Lyon.

D'autres s'engagèrent comme moi dans les F.F.I. du Vercors et la plupart ont été tués à Vassieux en Vercors lors de l'attaque allemande de juillet 1944. » 2

 
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Les juifs français et étrangers dans les maquis

Entre l' automne 1943 et le printemps 1944 se créent dans le Tarn des maquis juifs à l'initiative des Eclaireurs israélites de France et de l'armée juive, Le maquis des E.I.F prend le nom de  Compagnie Marc Haguenau  du nom du secrétaire général des EIF assassiné par la Gestapo en I944. Celui de l'A.J , intégré au corps franc de la Montagne noire, se baptisera « Peloton Trumpeldor». En juin 1944 les deux maquis signent un accord et combattent pour la libération du Sud Ouest.

Un exemple d' action du « maquis Marc Haguenau » :

Dans la nuit du 19 au 20 août 1944, à 7 km de Mazamet, la compagnie Marc Haguenau a pris position le long de la voie : on attendait la passage d'un train blindé comportant cinquante wagons. Au moment où celui-ci s'est engagé, le détonateur a joué.

Le combat s'engage alors avec les soldats allemands qui doivent se rendre.

"Nous nous sommes mis à crier "Wir sind Juden !" Alors ils sont devenus blêmes. Ils ont cru sur nous allions les fusiller. Nous les avons simplement fait prisonniers."  3
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Des étrangers présents dans de nombreux maquis

 

Il y a eu des Allemands présents dans les maquis français, en particulier dans ceux des Cévennes. Leur intégration à la lutte clandestine n'a pas été tou,jours aisée mais leur volonté de combattre le nazisme et le fascisme a souvent forcé l' admiration de leurs camarades.

 

Dans le Sud-Ouest, ce sont les Espagnols évadés des camps d'internement qui se sont illustrés dans les maquis de l'Ariège. Mais ils sont présents aussi dans les Glières ou au Vercors. Les guérilleros espagnols ont de nombreuses actions de sabotage à leur actif. Ils ont participé à la plupart des combats pour la libération du Sud-Ouest. Le Colonel Ravanel, libérateur de Toulouse leur a rendu hommage ainsi :

« Ils furent parmi les plus valeureux des résistants ; ils surent se dévouer avec héroïsme et courage et on leur doit certains des plus grands succès lors des combats de la libération des départements du Sud-Ouest... Nos camarades avaient acquis pendant la guerre d'Espagne des connaissances que nous ne possédions pas : ils savaient fabriquer des bombes à l'aide d'explosifs de fortune, ils savaient tendre des embuscades et ils connaissaient à fond les techniques de la guérilla. J'ajoute qu'ils nous avaient conquis par leur courage, leur fraternité, leur abnégation. Ils étaient devenus des frères de combat.»

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notes:
1. Le résistant du Rhône. Décembre 1995
2. Edouard Renn. Ancien F.F.I., rescapé de Vassieux en Vercors.ANACR, 1996, Le résistant du Rhône et FARAC I Infos septembre 1997
3. La vie quotidienne des résistants. Henri Noguères. Hachette

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