II. Le rôle des étrangers dans la résistance

2. Les F.T.P.- M.O.I. : la guérilla urbaine

 
Nous n'avons pas l'outrecuidance de penser que, seul, notre combat a été déterminant. Les armées alliées, y compris l'armée française reconstituée ont libéré le territoire national, mais nous y avons largement contribué.
Henri Krischer, membre de Carmagnole - Liberté
Un maquis FTP-MOI © Amicale Carmagnole-Liberté - 1994

Si l'on rencontre des étrangers dans toutes les formes de résistance - réseaux, maquis... -, il y a une formation spécifiquement composée d'étrangers : les  F.T.P.- M.O.I, c'est à dire les Francs Tireurs et Partisan de la Main d'Oeuvre Immigrée.

Encadrés par le Parti communiste ( Les MOI étaient un groupe du parti né dans les années 30), ils sont le plus souvent communistes. On y trouve des Hongrois, Italiens, Espagnols, Polonais, Russes "déserteurs plus ou moins tardifs des bataillons de l'est", nombreux sont aussi les fils d'immigrés ou même les jeunes Français. A Lyon, celui qui les commande est un Roumain de 24 ans, George Filip ( Lefort). Il n'est ni de formation communiste, ni ancien des Brigades Internationales.

L'adhésion aux M.O.I. est due le plus souvent au hasard des rencontres et des amitiés

a. en région parisienne: le groupe "Manouchian"

"Il y avait une telle amitié entre nous, entre tous ces gens venus de partout, Juifs, Espagnols, Italiens, Allemands, Arméniens et Français, bien sûr, une amitié fraternelle qui dépasse tout ce que l'on peut imaginer." 
Arsène Tchakarian du groupe Manouchian.

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La création du groupe qui restera connu sous le nom de groupe "Manouchian" s'est réalisée au printemps 1942, en mars-avril. C'est un groupe très bien organisé, formé d'une part de vieux militants et d'autre part de jeunes parisiens d'une vingtaine d'années qui luttent pour leurs idées et contre l'occupation allemande. Ils sont composés d'une soixantaine de résistants dont les dirigeants les informateurs et les combattants.

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la lutte armée dans Paris

La préparation des actions et la direction du groupe s'effectuent dans le centre de Paris où trois groupes M.O.I opèrent. Ils représentent la lutte armée du Parti qui leur demande en 1943 d'intensifier les actions. Il faut attaquer les Allemands partout afin de les forcer à renforcer leur protection. en 1943, les F.T.P.- M.O.I forment le seul groupe important qui continue à lutter à Paris contre les occupants. Christina Boïco, une Roumaine, agent de renseignements et de liaison, raconte comment grâce à ses renseignements, ils réussissent à assassiner Julius Rether, le responsable de la déportation des juifs.

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Le rôle des femmes.

Les femmes du groupe MOI Carmagnole-liberté défilent dans Lyon
© Albert Oriol-Maloire - Les femmes en guerre Editions Martelle 1995

Dans le groupe, Olga Bancic, une Roumaine immigrée en France entre les deux guerres.

«Son nom de guerre était Pierrette, je ne savais pas qu'elle s'appelait Olga, ni qu'elle était juive, ni qu'elle était mariée avec Alexandre Jar, grand responsable aussi dans le groupe des FTP/MOI, ni qu'elle avait une petite fille qui était gardée à la campagne. "Pierrette" était chargée du transport des armes. Les femmes qui transportaient les armes faisaient un travail beaucoup plus dangereux que ceux qui combattaient les armes à la main, elles ne pouvaient se défendre.
Le chef de groupe préparait l'action, puis conduisait ses camarades au rendez-vous. Les femmes -Anna Richter, Olga Bancic- devaient, à l'heure dite, apporter des grenades et des revolvers (nous en avions très peu). Puis il fallait les récupérer après l'action. Ce qui les exposait terriblement, car après le bouleversement d'un attentat, le quartier était tout de suite encerclé par la sécurité allemande, les maisons fouillées et quelquefois les rames de métro arrêtées. Les hommes qui avaient tiré s'enfuyaient immédiatement à vélo, mais Olga qui avait attendu que les combattants aient fini leur travail, ne bougeait pas et elle récupérait les armes près d'un métro. Dans certains quartiers ces actions étaient particulièrement difficiles. C'était une époque où les résistants vivaient dans la crainte d'être pris, ils étaient sans cesse aux aguets, se méfiaient de tout. Le danger était si grand que beaucoup de camarades avaient l'impression qu'ils n'iraient pas jusqu'au bout, jusqu'à la Libération. Il fallait passer et repasser à travers les mailles du filet. Ils pensaient toujours qu'ils seraient pris et fusillés. Les femmes étaient les plus attentives, elles faisaient très attention. Il y avait ceux dans le groupe qui n'avaient peur de rien, ceux dont les familles avaient été déportées, ce qui les rendaient encore plus combatifs.
La plupart des militants avaient dû opter pour la clandestinité, surtout les juifs, qui vivaient dans des conditions terribles. Le groupe prenait des risques terribles, car les actions étaient directes. Il y en avait au moins une par jour, parfois deux.
Olga participa à une centaine d'attaques contre 1'armée allemande, c'est-à-dire près de la moitié des combats menés par le groupe Manouchian. Nous ne savions rien d'elle, pour des raisons de sécurité. Pour elle, semblait-il, seul l'idéal comptait. Le vendredi soir, elle était toujours anxieuse. J'avais compris qu'elle avait un enfant quelque part, qu'elle allait voir le Samedi. Une fillette de deux ans... » 
Arsène Tchakarian du groupe Manouchian.

Le chef des F.T.P- M.O.I parisiens est au départ Boris Holban, d'origine roumaine, mais il refuse de multiplier des actions qui conduisent à l' arrestation de nombreux combattants du groupe. La direction le remplace en 1943 par Missak Manouchian, un Arménien très engagé politiquement.

D'après Simon Rajman, les S.S. arrêtent les combattants les uns après les autres. Pour en finir avec le groupe ils organisent la filature de son frère Marcel Rajman. En quelques semaines, l'ensemble du groupe est localisé et arrêté. 1

«Fin 1943, les Allemands avaient repéré que les francs-tireurs étaient des immigrés, et le travail devenait de plus en plus périlleux. Ils se sont mis à suivre tout le monde, malgré les infinies précautions que nous prenions. Missak Manouchian voulait changer de domicile, mais ce n'était pas chose facile, surtout pour un immigré. Les camarades juifs avaient de faux papiers, car la MOI disposait d'un réseau spécial pour en falsifier, mais ils n'étaient pas toujours très convaincants. Pour les Arméniens, c'était plus facile, parce qu'on pouvait toujours , aller se réfugier chez quelqu'un de la communauté arménienne. Pour les juifs, c'était extrêmement difficile. Il n'y avait plus de communauté. Ils étaient tous menacés. » 
Arsène Tchakarian du groupe Manouchian.

b. En région Toulousaine: "la 35eme Brigade"

"Vous êtes juif, polonais, communiste. Trois raisons pour moi de demander votre tête." a dit le procureur à Marcel Langer

A Toulouse, la présence de nombreux étrangers, en particulier des réfugiés espagnols accélère la prise de conscience et le passage à l' action.

Les militants d'avant guerre se mobilisent pour organiser l'accueil des réfugiés et exilés. Des filières d'évasion sont très tôt mises en place afin de protéger les hommes et les femmes menacés, une solidarité commune réunit les victimes des fascismes.

Les F.T.P.-M.O.I. de la région toulousaine multiplient les actes de guérilla urbaine : destruction d'axes de communication comme les lignes S.N.C.F. ou le Canal du Midi, sabotage de pylônes électriques, attentats individuels contre des soldats allemands dans les cinémas et les restaurants. Mais, il y a aussi des destructions de récoltes et des incendies de greniers dans les campagnes environnantes pour faire échec aux réquisitions de l'occupant.

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Langer est mort, guillotiné, en criant "Vive le France" !

Les souvenirs des témoins de cette brigade toulousaine montrent ce combat incessant d'une poignée de résistants contre l'occupant. Certains étaient français, mais la plupart étaient espagnols, italiens, polonais... Parmi eux , Marcel Langer, à qui le procureur de Vichy a dit : "Vous êtes juif, polonais, communiste. Trois raisons pour moi de demander votre tête."

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Le combat fut difficile.

La clandestinité nécessitait une vie solitaire, une prudence quotidienne. Les armes manquaient : l'unique pistolet passait et repassait de mains en mains au fur et à mesure des actions. Les décisions n'étaient pas toujours faciles à prendre et l'unité du groupe en souffrit parfois. Les actions furent parfois reniées par les chefs régionaux du P.C ou des F.T.P.F, inquiets des actions qui pouvaient jeter un discrédit sur la résistance.

Pourtant des sabotages, des attentats, des exécutions ont été réalisés avec le peu de moyens dont disposaient ces soldats de l'ombre qui sacrifièrent leur vie pour la France qu'ils aimaient.2

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Charles Michalak

Un des commandants de la 35eme brigade FTP-MOI « Marcel Langer » de Toulouse, le « bombier », le fabricant de bombes, le chef inter-régional des services techniques est décédé à 87 ans en Pologne.

Charles, en 1937, part de Pologne pour rejoindre l'Espagne et s'engage dans les brigades internationales. Le combat perdu, il passe en France où il est interné au camp de Gurs puis au Vernet d'Ariège où il participe à la direction clandestine des interbrigadistes.

En août 1942, Charles reçoit mission de rejoindre à Toulouse le groupe qui sous I'impulsion de Marcel Langer prépare la mise en place de la future 35eme brigade dont il sera le commandant technique inter-régional jusqu'aux arrestations du 4 avril 1944 par la brigade anti-terroriste de Vichy. Charles, odieusement torturé lors des interrogatoires ne « donnera » pas son identité.

Transféré à la prison Saint-Michel de Toulouse avec les membres de la 35eme brigade arrêtés, sera déporté le 2 juillet 1944 dans le convoi dit « Train fantôme » vers le camp de Dachau. Lors d'un convoi à pied des déportés, la population de Sorgues (Vaucluse) n'a pas hésité à prendre tous les risques afin d'alimenter la colonne assoiffée et affamée et faire évader quelques résistants. Du convoi, après un long périple à travers le sud de la France, les combattants déportés de la 35eme brigade réussiront l'évasion collective du « Train fantôme » en rupture de déportation.

Charles, après la libération rejoint sa femme en Pologne où elle a commandé une unité de partisans dans les forêts  polonaises.3

c. En région Lyonnaise: Le Bataillon Carmagnole-Liberté

Le Groupe Carmagnole-liberté.© Amicale Carmagnole-Liberté - 1994

Le bataillon «Carmagnole-Liberté » est un exemple local de la Résistance FTP-MOI. En mars-avril 1942, Joseph Kutin, ancien officier des brigades internationales en Espagne est chargé par la direction MOI de créer un groupe dans la région lyonnaise : à Lyon ce sera « Carmagnole », à Grenoble « Liberté »

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Qui sont-ils ?

Ce sont essentiellement de jeunes gens, étrangers ou immigrés pour la plupart d'Europe Centrale, ou jeunes juifs qui ont échappé à la déportation, une cinquante de jeunes garçons et de jeunes filles. Fin 1942, ils décident de s'engager volontairement dans les groupes F.T.P - M.O.I qui se sont créés .

«Beaucoup de Volontaires étaient de tout jeunes gens, Juifs originaires de Pologne et d'Europe centrale, pour certains nés en France, à peine sortis de l'adolescence, rescapés des rafles de juillet42, ayant perdu les leurs ; d'autres venaient de l'émigration locale ou encore étaient des étudiants polonais, hongrois, roumains, tous juifs, que le numerus clausus appliqué dans leur pays, avait contraint, avant guerre. à entreprendre leurs études en France. Cette jeunesse se regroupait autour des anciens des Brigades internationales, volontaires de la guerre d'Espagne, évadés des camps d'internement français, des antifascistes qui avaient acquis dans le combat l'expérience nécessaire pour mener cette guerre impitoyable. » 4

Ils sont formés sur le tas par les plus anciens du groupe :

«L'enseignement militaire, l'utilisation des armes et l'emploi des explosifs est vite acquis. Il se fait durant l'action. »

L' organisation tente de limiter les arrestations en masse. Chaque combattant recevait un numéro d'identification le jour de son engagement et un pseudonyme. Les combattants sont groupés par unité de trois :

« Le chef "militaire" est responsable des actions de guérilla urbaine. Principale autorité, il est aidé par le "politique" qui veille particulièrement à la cohésion du groupe et à son moral. Le "technique" a la garde et l'entretien des armes qu'il distribue à chaque combattant sur les lieux de l'action et qu'il rapporte après coup ; lui incombe aussi tous les problèmes d'intendance : les salaires, les loyers... Les unités de guérilla disposent de services techniques qui les aident à tous les stades du combat : dépôts d'armes et de matériel, services de renseignements, de santé. Les liaisons sont assurées par des jeunes filles qui ne sont pas seulement cantonnées dans cette activité : nombre d"entre elles participent au combat ou récupèrent armes et explosifs. »4
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La vie du clandestin.

Etre résistant est un choix, souvent difficile à assumer. Etre clandestin, c'est abandonner toute vie au grand jour, c'est devenir un hors-la-loi, se méfier de tout le monde. Il faut apprendre à dissimuler, se dissimuler et cacher à tous son action. On peut être reconnu par n'importe qui, surtout que les « opérations » sont menées à visage découvert. Il fallait donc être sans cesse sur ses gardes, disparaître le plus rapidement possible.

« Il est mobilisé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. II coupe toutes relations avec les siens, il quitte le domicile habituel et s'astreint à vivre dans un lieu qui n'est pas connu.
Le comportement à adopter dans la vie illégale est le plus difficile à apprendre à ces combattants. Comment empêcher cette jeunesse meurtrie de vivre à l'écart de toutes les tentations de la vie ? Il n'est pas facile, après la tension de l'action de rester chez soi, seul, avec l'angoisse et la peur à peine apaisées : pourtant, il est interdit de se retrouver avec qui que soit, surtout pas avec les camarades de combat. Beaucoup ne supportent pas cet isolement, fréquentent des lieux qui leur sont interdits car les rafles y sont fréquentes et finissent par se faire arrêter au cours d'une vérification d'identité. » 4
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L'armement manque

« Le nouveau venu s'aperçoit vite que les combattants de son unité souffrent cruellement du manque de matériel, qu'ils n'ont pas de parachutage et que la récupération d'armes sur l'ennemi ou ses collaborateurs se fait dans des conditions difficiles, chaque revolver et son chargeur, chaque mitraillette et chaque grenade coûtent des efforts et des victimes. (~n remédie à ce manque par des patrouilles en ville où l'on débusque les porteurs d'armes de poing (les seules unités dans le combat urbain) : officiers, sous-officiers allemands et ceux qui sont au service de l'occupant. Les bombes dont nous avons besoin pour empêcher l'industrie locale de travailler pour les Allemands sont fabriquées dans nos dépôts à l'aide de vieilles boites de conserve ou de morceaux de tuyau remplis d'explosifs que nous envoient les mineurs de la Mure ou de la Haute-Loire : c'est leur contribution à la lutte. » 4

Le maquis créé à St-Pierre-la-Palud permet donc d'obtenir des explosifs : beaucoup de mineurs d'origine polonaise participent ainsi à la résistance.

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La peur est constamment présente

«A partir d'avril 1944, la répression des hommes de Barbie et des services français antiterroristes était violente. De nombreux groupes avaient été exterminés. Nous étions seuls à mener le combat. Le danger n'était pas seulement durant les actions mais aussi lorsque nous vaquions à nos tâches habituelles. Peur d'être suivi, d'être reconnu, peur d'une rafle, d'un contrôle de papier. La tension était telle qu'il fallait un moment de décompression ; c'est là qu'un petit séjour au maquis tout proche faisait le plus grand bien ! Plus on s'approchait de la libération, plus les combats devenaient difficiles. » 4
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Leurs actions

Obliger l'ennemi à la prudence et lui infliger des pertes :

«Avec notre armement dérisoire, avec la faim et la peur au ventre, nous avons obligé l'occupant à nous craindre, à prendre des mesures de sécurité. Fini le temps où le soldat se promenait seul ; dés cette époque les sorties se faisaient armées et par groupes de trois. Douce victoire, à l'époque, de penser que l'armée la plus puissante au monde prenait au sérieux notre combat désespéré.
Une des actions les plus éprouvantes était la patrouille en ville : à en parler, beaucoup d'entre nous en ressentent encore toute l'angoisse. Le groupe investissait la rue, les camarades marchaient deux par deux, en gardant les distances. A chaque extrémité, deux d'entre eux étaient de protection, au milieu, les deux autres attendaient l'ennemi. Certes il est difficile de tuer , surtout de près, mais le pire était cette attente du nazi à abattre. L'homme à terre, il ne fallait pas oublier de récupérer l'arme et comme il s'agissait souvent d'un officier, le petit chargeur supplémentaire, difficile à extirper de son étui. » 4

Le sabotage doit réduire la production destinée à l' armée allemande :

«Pour empêcher le trafic ferroviaire, nous avons adopté la technique du déboulonnage. A l'aide de tire-fond et de clés à éclisse nous démontions le rail sur toute sa longueur et nous le  ripions.
L'allemand a soumis 1'industrie lyonnaise au pillage systématique. La destruction par 1'aviation alliée de ces usines (souvent enchevêtrées dans une banlieue populeuse) avait valu à la population un véritable carnage. La résistance, et plus particulièrement la guérilla urbaine, se devait de neutraliser cette source essentielle pour le potentiel de guerre de l'occupant. Entre Lyon et Grenoble, Carmagnole-Liberté a détruit près de cinquante usines, privant l'allemand d 'un matériel ô combien précieux ! Employant toujours des méthodes rudimentaires, nos boites remplies d'explosifs. nous détruisions du matériel prêt à partir sur les différents fronts et nous mettions hors d'usage des machines irremplaçables et souvent paralysions la production pour toute la durée de la guerre. Le combat que nous menions contre l'occupant et tous ceux qui l'aidaient était permanent. » 4

Un exemple de ce sabotage nous est donné par un Espagnol du groupe, Balthazar Sanchez qui a participé à la paralysie des « Aciéries du Rhône», une fonderie, implantée au 41 rue Antoine Lumière, qui travaillait au service de l'Allemagne : après 1940, l'usine se spécialisa dans la fabrication de tourelles et de chenilles pour chars de combat.

L'engagement dans les rangs de Carmagnole

« A la fin de 1943, André Martin, un réfugié espagnol ayant travaillé aux Aciéries du Rhône et appartenant à la résistance dans la formation «Carmagnole MOI» propose une action de destruction des aciéries du Rhône aux responsables militaires de «Carmagnole»,lesquels donnèrent leur accord.
Comme moi-même, j'avais travaillé aux aciéries du Rhône , Martin, qui connaissait mes opinions politiques et ma haine du nazisme me demanda de l'aider à préparer le plan de destruction pour le soumettre à nos responsables. Le plan ainsi connu de nous deux fut accepté et je fus admis à entrer dans les rangs de la Résistance de « Carmagnole ». Il ne restait plus qu'à choisir la date, le jeudi 2 Mars 1944.

Le sabotage.

Ce jour-là, vers 21 heures, pour respecter le couvre-feu instauré par Vichy, de 22 heures à 6 heures du matin, 23 résistants de la M.~.I. se mirent en marche vers les «Les Aciéries du Rhône». En formation par deux, par trois sur les trottoirs de la rue Antoine Lumière, mal éclairée, un atout supplémentaire pour ces «ombres de la nuit». Les engins explosifs étaient répartis dans cinq sacs tyroliens portés par les saboteurs attitrés, sous les ordres de Martin et de moi-même car nous connaissions les lieux, les seuls d'ailleurs avec des cagoules pour ne pas être reconnus.
L'attaque, la neutralisation de la conciergerie et des ouvriers travaillant en équipe se déroulèrent sans incident. Le concierge fut consigné dans sa loge, gardé par 2 F.T.P. tandis que les ouvriers étaient retenus dans les vestiaires par 4 autres F.T.P. Les saboteurs commencèrent leur travail, plaçant les engins explosifs dans les machines et le matériel de production. Le convertisseur, c'est à dire I'unité de base, fut particulièrement touché, ainsi qu'une machine suisse «Vélébrator». La salle des compresseurs détruite, ainsi que deux ensembles de compression. Furent rendus inutilisables des machines à mouler, des meules, le pont roulant effondré sur les moules, les 4 cabines de sablage, les fours...
Mais les ouvriers sont aussi victimes des représailles.
La fonderie resta paralysée pendant 15 jours et ne tourna qu'à 25% pendant deux mois. Malheureusement, le lendemain était jour de paye. Tous les ouvriers de l'équipe du soir qui se présentèrent pour toucher leur salaire furent arrêtés par la Gestapo, internés au fort Montluc, puis déportés en Allemagne.
Des 33 ouvriers déportés, 20 succombèrent dans les camps, 12 périrent noyés en mer du Nord, dans le bateau coulé intentionnellement par les nazis. Le seul survivant mourut pour avoir trop mangé dans l'hôpital où il était soigné » 5
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A partir de 1944, les actions se déroulent à un rythme ininterrompu

Les deux tiers des sabotages et attentats qui ont eu lieu cette année-là dans l'agglomération lyonnaise sont le fait du groupe «Carmagnole». A leur actif, 300 actions individuelles ou collectives, telles que la destruction de l'usine Bronzavia ou la prise de la caserne des G.M.R. à Montplaisir. Il s'agit d'aider aux différents débarquements qui ont eu lieu en Normandie et en Provence.

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1. D'après le documentaire «l'Affiche Rouge». Les dossiers de l'histoire. FR3
2. "Ni travail, ni famille. ni patrie: F.T.P/Moi. 35eme brigade de Toulouse". documentaire diffusé par ARTE en décembre 1993.
3. Claude Urman. Lettre dans lePatriote-Résistant. Novembre 1997
4. Témoignage de Henri Krischer, membre de Carmagnole - Liberté. Catalogue de l'exposition "les étrangers dans la résitance". Musée de Besançon.
5. Témoignage de Balthazar Sanchez, membre de Carmagnole - Liberté. ANACR. Le Résistant du Rhône décembre 1995

Mise en page par Lisa PEYRARD, Arnaud Vilain
et Alexis Brossard - 3A - 2000  

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