V. Après la Résistance 

2. Le départ ou l'intégration

 

Que sont devenus ces étrangers qui ont combattu dans les rangs de la Résistance Française quand ils ont échappé à la mort ?

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Le retour au pays.

Certains sont repartis dans leur pays d'origine, soit parce que le pays d'origine en pleine reconstruction avait besoin d'eux, soit parce qu'ils espéraient bâtir le pays dont ils rêvaient.

Après la guerre, le gouvernement polonais fit appel à ses ressortissants pour qu'ils retournent sur leur terre afin de participer à la reconstruction de la Pologne et combler les rangs des disparus (six millions de morts). C'est pour cela que dans les années 1945 à 1950, beaucoup de polonais qui avaient combattu aux côtés de leurs amis français, sont repartis, par trains entiers, de la région lyonnaise en Pologne. Je suis allé plusieurs fois accompagner des amis jusqu'à leur gare de départ.
... Là encore, après quelques années, ils se sont retrouvés parmi les résistants à un régime qu'ils imaginaient autrement et à  nouveau ils ont connu la clandestinité et ses dangers. 1

Certains Espagnols repartent aussi clandestinement poursuivre le combat contre une autre dictature qui les a chassés quelques années plus tôt. Christino Garcia est de ceux-là. Il avait été le jeune commandant des guérilleros qui s'étaient illustrés aux combats de la Madeleine près d'Anduze.

Christino Garcia mérite un hommage particulier. Car s'il fut I'un des héros de la Résistance française, il devait en être aussi, longtemps après la libération, l'un des derniers martyrs : un de ces douze patriotes espagnols revenus dans leur pays pour y poursuivre le combat pour la liberté, que Franco a fait fusiller en 1946, en tenant pour une circonstance aggravante leur participation à la lutte de nos maquis contre les nazis.

Pour Ara, un arménien, le départ s' explique par une difficulté à vivre en France. Il dit qu' :

"il remerciait la France de l'avoir accueilli lui, l'apatride, le météque, mais il prenait la résolution de partir, parce qu'il ne s'était toujours pas habitué à elle.
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L'intégration

Certains étrangers décident de rester en France et demandent parfois la naturalisation qu' ils obtiennent plus ou moins facilement d' après les témoignages:

D'autres encore créèrent une famille dans des conditions difficiles, sans métier et sans argent. Ils se retrouvaient de temps en temps à Paris, où la plupart vivaient, dans une amicale et se replongeaient dans le souvenir du passé. Ils n'ont rien demandé mais certains ont eu du mal à se faire naturaliser et à devenir Français. 2
... Nous rajouterons qu'en 1951, le père Tassile fut expulsé de France, malgré ses fils morts au champ d'honneur et qu'il fallut une ardente campagne pour faire reporter cette mesure de nombreuses années après. 3

Pourtant, le Gouvernement de la Libération mit fin aux mesures qui frappaient les immigrés. La nationalité française fut restituée à ceux qui en avaient été injustement privés par Vichy. Un statut bienveillant accordait un droit de cité aux réfugiés qui avaient subi des persécutions pour des raisons politiques et raciales. En reconnaissance des services rendus, on leur attribua les droits des anciens combattants, les décorations, les pensions dans les mêmes conditions que les nationaux.

Dans beaucoup de régions, la xénophobie a diminué en raison de la victoire commune. Dans le nord, les polonais, les italiens ont été mieux intégrés après la résistance. Le racisme a reculé parce que la libération prend l'aspect d'une victoire commune. Ainsi la Résistance a été un puissant facteur d'intégration dans la communauté nationale. Après tant de combats, de sacrifices, de risques aux côtés de camarades français, les résistants étrangers se sont sentis mieux acceptés et la France est réellement devenue leur patrie d'adoption.

Les droits de l'Homme ne vont pas sans les devoirs correspondants. C'est parce que les résistants étrangers l'avaient compris qu'ils sont devenus français totalement, " Français non par le sang reçu, mais par le sang versé."

Beaucoup de ceux qui sont venus s'établir sur notre sol ont donné sans hésitation leur vie pour leur nouvelle patrie. Ce fut le cas en 1914 et 1940. 4

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notes:

1. Edouard Renn. Le résistant du Rhône. 1996
2. Témoignage de Henri Krischer (membre de Carmagnole - Liberté)
3. Jean Vittoz. Sur la Grand' Route de ma vie. (Voir Laura et Rénato Tassile. )
4. Le Figaro 14 juillet 1997

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