V. Après la Résistance 

1. Le sentiment parfois d'avoir été oubliés

Les « étrangers » d'autrefois et d'aujourd'hui sont fiers d'avoir versé leur sang pour la France, car ils "combattaient pour votre liberté et la nôtre" 1 :

Chez les tirailleurs sénégalais ayant participé à la seconde campagne de France, un sentiment de fierté domine. Ces anciens combattants fiers de leur passé font aujourd'hui de la francophonie active devant des jeunes générations africaines qui ne comprennent pas toujours. La France commence juste à se souvenir de leur sacrifice pour la libération du sol national. Babacar Diop, tirailleur sénégalais à la poitrine barrée de décorations françaises, a confié à un journaliste de TF l : "La France demeure toujours notre mère-patrie. 2

Mais, la mémoire garde aussi des traces de déception : les Français n'ont pas toujours mesuré l'ampleur du sacrifice, n'ont pas toujours conservé la mémoire du combat commun.

Ainsi, à Lyon, les volontaires de Carmagnole regrettent :

Les hommes de la libération, ceux de la base, ont été oubliés. Les Volontaires Lyonnais de Carmagnole sont enrôlés dans les F.F.I. et encasernés à la Part-Dieu. On oubliera de les convier au défilé de la victoire

Et aujourd'hui, certains constatent que l'histoire oublie encore parfois la participation volontaire des étrangers à la résistance française :

Oubliés ? Nous le pensons, car des ouvrages très importants sur l'Histoire de la Résistance en France ne mentionnent même pas les FTP-MOI.
Certains ont cherché à minimiser les raisons de notre engagement : nous avons lu et entendu dire que si les immigrés - et les juifs en particulier- s'étaient engagés dans la Résistance et s'y étaient si bien battus, c'est qu'ils n'avaient pas d'autre solution ! en un mot : ils avaient le dos au mur. C'est une erreur, nous avons comme les autres Résistants choisi en parfaite connaissance de cause. Chacun de nous avait plusieurs possibilités : se cacher et ne rien faire, tenter de passer en Espagne ou en Suisse, ou encore hélas se laisser déporter. 3

Même sentiment chez certains Polonais :

"Quand on évoque la bataille de Narvik du côté allié, on cite toujours Ies Chasseurs Alpins et Ies Légionnaires, mais on passe rapidement sur les contingents terrestres britanniques, on oublie les 5.000 soldats norvégiens et on garde trop souvent le silence sur les quatre bataillons polonais. C'est là sans nul doute une injustice de l'histoire, d'autant que leur intervention dans le secteur sud de 1a ville fut décisive pour la prise de la ville" 
Cette réflexion est valable pour Narvik, mais elle l'est aussi pour Lagarde, Tobrouk, Monte-Cassino, Falaise, Arnhem et bien d'autres batailles.
A la Libération, des compagnons manquaient, victimes de leur combat pour la liberté. Certains de leurs exploits ont été attribués à d'autres et leurs noms sont restés oubliés:  trop étrangers pour la cause politique qui se jouait en l 945. 1

Quant aux combattants d'Afrique, considérés alors comme « Français », leurs sacrifices ont-ils été bien connus et compris ?

Dès Septembre 1944, le Général Moll chargé des F.F.I. de la lère armée déclare :

"le moral des Marocains n'est pas bon, celui de l'Algérien mauvais. Une amertume certaine est en train de se muer en colère sournoise."
Les soldats d'Afrique souffrent du silence excessif fait sur eux et leurs sacrifices alors que les éloges concernant les F.F.I. se multiplient. A partir du moment où la quasi-totalité du territoire national est libéré, ils s'étonnent du petit nombre de métropolitains qui viennent les renforcer. Ils se ressentent aussi du manque de permissions. Celles-ci sont rares depuis l'engagement en Italie et ne permettent qu'exceptionnellement un retour prolongé en Afrique du Nord. Des départs annoncés n'ont pas lieu.
Alors que les nationalismes montent ( des manifestations ont été réprimées au Maghreb), les soldats maghrébins s'estiment fort peu récompensés par la France. En Algérie notamment, beaucoup s'indignent de ce que la citoyenneté ne soit pas accordée aux anciens combattants.
Il n'est donc que plus remarquable de voir combien ces troupes font leur devoir et continuent à se battre jusqu'à la victoire. 4

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Notes:
1. Edouard Renn. Le résistant du Rhône. 1996
2. Professeur J-C Jauffret IHEDN Montpellier. Armées d'aujourd'hui mai 1994
3 Amicale des anciens FTP-MOI. Rhône-Alpes
4. Jacques Frémeaux. Professeur à l'Université Nice Sophia Antipolis. Armées d'aujourd'hui. Mai 1994

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