IV. Beaucoup d'entre eux 
sont "Morts pour la France" 

Nous l'avons vu à travers les différents témoignages, les résistants vivaient dans la crainte d'être pris, ils étaient sans cesse aux aguets, se méfiaient de tout.

"J'avais la trouille." ' dit simplement Arsène Tchakarian du Groupe Manouchian. Peur de la dénonciation, peur de l'arrestation, peur de la torture, peur de pas "tenir". Hélène Mabille par exemple a été dénoncée par "Un gars qui a craqué" lors d'un interrogatoire. L'interrogatoire d'Hélène est long et pénible "Ils voulaient des noms"...

1. L'Affiche Rouge.

Affiche Rouge

Au mois de novembre 1943, vingt-trois membres du groupe de Missak Manouchian furent arrêtés. Ces F.T.P-M.O.I parisiens étaient essentiellement d'origine étrangère. Ils harcelaient l'occupant en multipliant les attentats dans Paris. Mais les Allemands entamèrent des filatures qui aboutirent au démantèlement du groupe et à l'arrestation de nombreux résistants. Pendant les interrogatoires, personne ne parla. 

En février 1944, le procès des 23 fut précédé d'une campagne d'affiches, la tristement célèbre "Affiche rouge". Les Allemands jetèrent aussi des tracts par avion sur Paris et la presse de collaboration annonça largement le procès.

"Très haute et dramatique avec ses dix médaillons sur un fond rouge sang. C'est l'affiche "Des libérateurs ?" qui représente des terroristes juifs: un Hongrois, un Espagnol, un Arménien, un Italien, un Polonais, Au dessus de chacun de leurs portraits, et pour nous faire horreur sans doute, on a noté leurs exploits. L'un d'eux a à son actif cinquante-six déraillements, cent-cinquante morts et six cents blessés.
- Beau tableau de chasse, dit quelqu'un
Une femme confie à son compagnon:
- Ils ne sont pas parvenus à leur faire de sales gueules.
Et c'était vrai. Malgré les passages à tabac, malgré la réclusion et la faim. Les passants contemplent longuement ces visages énergiques aux larges fronts. Longuement et gravement comme on salue des amis morts. Dans les yeux aucune curiosité malsaine, mais de l'admiration, de la sympathie, comme s'ils étaient des nôtres puisqu'ils luttaient pour notre Patrie, parce qu'elle était aussi la patrie de la liberté.
Sur l'une des affiches, quelqu'un a écrit au charbon en lettres capitales ce seul mot: MARTYRS. C'est l'hommage de Paris à ceux qui se sont battus pour la liberté. 1  

« Des libérateurs '? » disait l'Affiche qui insistait sur le caractère étranger de la résistance en insistant sur la nationalité des MOI. L'occupant voulait démontrer le caractère terroriste, sanglant et cruel des actions du groupe Manouchian. La radio, les actualités au cinéma Parlaient "des communistes, Juifs, assassins." :

« Le procès qui s'est déroulé ici n'est malheureusement pas une exception. .. De quel milieu tous ces terroristes sont-ils issus ? Dans la plupart des cas, ce sont des juifs ou des communistes qui sont à la tête de ces organisations et travaillent à la solde de l'Angleterre ou de l'URSS.
Le procès actuel a mis en lumière l'activité d'étrangers et de et de juifs abusant de l'hospitalité française pour créer le désordre dans le pays qui les a recueillis." 2

Le 21 février 1944, les 23 sont condamnés à mort. Le procès n'en a pas été un : une seule et courte audience. Ils étaient condamnés par avance.

Les hommes sont emmenés à Fresnes, puis au Mont Valérien. Vers midi, on leur donne une cigarette, une plume avec du papier pour leur dernière lettre. Il faisait beau, il y avait du soleil.

Dans leurs derniers mots, ils ne regrettent rien. « Je m'étais engagé en soldat volontaire » dit Missak Manouchian. « Ce serait à recommencer, je serais encore le premier » affirme Célestino Alfonso.

A trois heures, ce 21 février 1944,ils ont été fusillés.

Olga a été déportée en Allemagne. Elle a été exécutée à la prison de Stuttgart.

Tous sont fiers de leurs actions dans la Résistance et sont persuadés que la victoire est proche et qu'un monde meilleur attend les survivants :

«Je meurs à deux doigts de la victoire et du but... avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille» dit Manouchian à sa femme.

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notes:
1. Les Lettres Françaises. Revue clandestine
2. Le Petit Dauphinois. 22 février 1944

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