III Quelques noms, quelques récits

7. Des  Russes

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Des Soviétiques chez Madame Champion

Des évadés des stalags allemands.

Madame Marie-Joséphine Champion de Verberie a caché et hébergé plusieurs Soviétiques évadés des camps de prisonniers allemands.

"Oh oui, je m'en souviens: il y avait Nicolas Lobanof, Grégori Marchenko, un petit peu plus tard Dimitri Kousnetzof et Nicolas Pletoulhin, un soviétique qui s'est trouvé lui aussi au maquis du Bois de l'Isle. Elle explique.

Un soir, Monsieur Benard de Saint-Sauveur arrive avec deux gars trouvés dans la forêt de Compiègne par des bûcherons et Nedovitch, un polonais de Vaucelles. Ils s'étaient échappés d'un train qui arrivait d'Allemagne. Ils étaient restés deux jours sans manger. Ils ont fait comprendre par gestes qu'ils avaient faim. 

Et puis, on les a cachés ç Saint-Sauveur. Ils ont même travaillé dans une usine de Béthisy, camouflés en Polonais. Mais, c'était une solution provisoire beaucoup trop dangereuse. Et c'est alors qu'ils sont arrivés chez moi.

Un jour, on a amené  Dimitri Kousnetzof. Lui est toujours resté à la maison. C'était un officier. Il ne voulait pas s'aventurer pour faire des sabotages: il était souffrant.
Je les ai habillés avec des vêtements de mon mari. Dimitri n'a jamais voulu quitter son pantalon russe. Il n'a jamais voulu me le donner pour le laver. Il gardait une médaille de Russie à laquelle, il tenait beaucoup.
Les maquis
Un jour les gendarmes français sont venus prévenir que les clandestins devaient disparaître car des dénonciations étaient parvenues à la gendarmerie. Je n'ai pu leur donner dans un sac que quelques pommes et un morceau de pain : c'est tout ce que j'avais. Ils se sont cachés dans les bois, puis chez Lodivitch un Russe blanc qui vivait à Néry, marié avec quatre enfants. C'est à ce moment là qu'ils ont pris le maquis, d'abord à Saint-Sauveur dans la propriété de Monsieur GONIN.
Grégori était instituteur en Russie. Il était courageux. Il est allé avec d'autres chercher un camion de munitions et Ils se sont fait surprendre. Grégori a pu se sauver.
Nicolas Lobanof ... Ah ! Quel bon gars c'était... Je crois qu'il était électricien. Tous étaient célibataires sauf Vladimir Kousnetzof qui était marié. Il avait une fille. Sa femme... Je crois qu'il l'avait surprise avec un allemand. Il était très triste.
A l'enterrement de Derevinski qui fut tué le 31 août, tous les Russes pleuraient leur camarade. C'est Monsieur Bernard qui a continué de veiller sur sa tombe »1

Ainsi, certains soviétiques qui résistent en France se sont évadés des camps de travail où les Allemands entassent civils et prisonniers de guerre dès 1942.

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Des russes blancs

Boris Vidé et Anatole Lewitzki sont tous deux d'origine russe, immigrés de 1917, naturalisés français. Ethnologues, ils fondent l'un des premiers réseaux de Résistance surnommé le « Musée de l'Homme ». Arrêtés, ils ont été condamnés à mort et fusillés en février 1942.

La comtesse Vera Obolensky, arrêtée en 1943 .

"Je suis née russe, j'ai passé toute ma vie en France, je ne veux trahir ni ma patrie, ni celle qui m'a donné asile. Je suis chrétienne et croyante, c'est pourquoi je ne peux pas être antisémite..." déclare la comtesse Vera Obolensky lors de son interrogatoire à la gestapo. Elle a été décapitée à Berlin en 1944

La princesse Volkonski s'est illustrée comme infirmière bénévole dans les maquis de Dordogne.

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Des déserteurs de l'Armée allemande

D'autres soviétiques, incorporés de force dans la Wehrmacht comme l'ont été les Alsaciens-Lorrains, ont déserté.

Le 15 août 1944, deux bataillons de la 30ème division Waffen SS arrivent, de Prusse orientale, en Franche-Comté pour lutter contre la Résistance, très active dans la région. Les deux unités sont composées en majorité de soldats ukrainiens de l'Armée Rouge, faits prisonniers par l'année allemande
Les responsables FFI locaux, surpris par la discipline de ces unités et leur comportement correct vis-à-vis des copulations civiles, prennent contact avec eux et leur proposent de passer au maquis.
Le premier bataillon - environ 800 hommes - va rejoindre la Résistance le 27 août après avoir massacré les quelque 200 Allemands de l'unité (officiers, sous-officiers et hommes de troupe). L'armée allemande se lancera vainement à leur poursuite.
Les Ukrainiens vont alors participer aux combats contre les Allemands .
L'autre bataillon déserta au cours d'une manoeuvre de nuit après avoir liquidé ses officiers.2
 

D'autres déserteurs russes ont rejoint le détachement « Jacquou le Croquant» près de Périgueux et participé aux combats pour la libération de la Dordogne. Ils étaient encadrés par trois officiers de l'Armée Rouge Ivan Pilipenfo, Victor Alekseenko et Grégoire Chaverdachvili qui s'étaient évadés alors qu'on les conduisait au camp du Struthof.

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notes:

1. L'occupation et la Résistance dans la Vallée de la Basse-Automne. Anacr-Oise 
2. D'après un article signé par le général Georges Roidot dans le Casoar, revue de Saint-Cvr

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