II Le rôle des étrangers dans la résistance

 

4. La Résistance extérieure: les Forces Françaises Libres

 

  Après la défaite de la France en 1940, le nouveau gouvernement formé par le Maréchal Pétain demande l' armistice signé le 22 Juin 1940. La moitié du territoire est occupé et l'autre moitié forme la zone «dite libre» dirigée par Pétain. Mais, dès le 18 juin, à Londres, Charles de Gaulle appelle «Tous les Français» à continuer le combat à ses côtés.

Des sénégalais dans la 1ere DFL en Italie. 
©
accordé 1998. André Correia

   

Des quatre coins du monde, de nombreux volontaires viennent lutter avec nous pour «la libération de la France et la liberté de tous les peuples»

 

a. Les premiers français libres

 

«Homme par homme, morceau par morceau», les territoires de l'empire rentrent dans la guerre pour la Libération de la métropole :

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le 20 juillet 1940, les Nouvelles Hébrides proclament par plébiscite leur ralliement

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le 26 août 1940, le Gouverneur du Tchad place son territoire sous les ordres du général

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le 29 août 1940, l'ensemble de l'Afrique équatoriale française et le Cameroun se rallient à la France Libre

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le 2 septembre 1940, c'est le tour des établissements Français de l'Inde

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 septembre 1940, Tahiti, les Iles du pacifique et de la Nouvelle-Calédonie proclament à leur tour leur adhésion au combat

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 en juin 1941, la Syrie et le Liban, libérés du contrôle de l'ennemi, reprennent leur place dans la guerre

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 le 24 décembre 1941, les populations de Saint Pierre et Miquelon se rallient par plébiscite.

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 en novembre 1942, les débarquements anglo-américains et l'insurrection des patriotes d'Alger dont passer l'Afrique du Nord dans le camp de la liberté

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 puis en 1942, Madagascar, la Réunion, Djibouti se rallient

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 en 1943, la Guyane et les Antilles Françaises deviennent à leur tour territoires ralliés. 1

 

Ainsi, les Forces terrestres de la France Libre encadraient en 1940 les colonies africaines qui venaient de se rallier à la France Libre. En novembre, elles furent grossies par l'apport des combattants noirs volontaires et occupèrent le Gabon en y faisant flotter le pavillon à Croix de Lorraine. Les Forces navales Françaises Libres avaient à leur actif le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon, des Iles Wallis et Futuna en Océanie, de la Réunion dans l'Océan Indien. En 1943, les soldats français libres étaient 31 900.

« Des braves gens qui veulent libérer un pays : le leur , une patrie que beaucoup ne connaissent que par des manuels scolaires ou des photos mais qu'ils aiment autant que ceux qui y sont nés. »2 

 

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L'exemple de la l ère D.F.L : « 20 langues différentes y étaient parlées. »

« 15 000 volontaires forment les premiers éléments des FFL et prennent part à une guerre qui au départ n'est pas la leur. » 3

Les troupes originaires d'Afrique du Nord, des tirailleurs sénégalais, des différents groupes coloniaux et des volontaires venus de tous les points du globe ont tenu une place essentielle dans la 1ère Division Française Libre ( 1 D.F.L.)

Elle comprenait 70% «d'indigènes» dans les unités d'infanteries. Sur un effectif de 550 000 hommes, près de 400 000 proviennent de Tunisie, d'Algérie et du Maroc, à la fois de pieds-noirs appelés ou rappelés et de musulmans, conscrits ou engagés volontaires. 20 langues différentes y étaient parlées.

En 1944, la première Armée comprend 140 000 français et 92 000 indigènes, dont 85% de Maghrébins. Ils servent non seulement dans les régiments d'infanterie, mais aussi dans toutes les armes. 4

 

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une unité singulière de gens aux nationalités diverses

Les unités africaines groupaient un millier de volontaires âgés d'environ 23 ans. Pourtant, il n'était pas rare de rencontrer de jeunes recrues de 16 ou 17 ans. lls formaient une unité singulière de gens aux nationalités diverses : de nombreux Algériens, des Républicains espagnols, des exilés russes, quelques Libanais et bien sûr des métropolitains. Autant de nationalités prêtes à «mourir pour la France»

 

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«Ils font preuve d'une loyauté sans faille...

«Pour le jeune maghrébin, l'armée offre l'occasion d'une sorte d'émancipation en prouvant sa valeur guerrière et en portant le même uniforme que les jeunes français du même âge, tout en respectant ses croyances et en lui permettant de célébrer les fêtes religieuses.
Libérer la France, c'est affirmer l'union du pays natal avec la métropole.
Le maréchal juin évoque «le souvenir de l'héroïsme le plus pur et de la fraternité qui toujours régna dans les rangs de l'armée d'Afrique, tant il est vrai que c'est dans son sein et au creuset des batailles que les deux races se sont toujours le mieux fondues, le mieux comprises et le mieux années. » 4

On peut bien sûr considérer les ressortissants des colonies comme des Français. Mais le sont-ils totalement en 1939-45 ?

«Sans son empire, la France ne serait qu'un pays libéré. Avec son empire, la France est un pays vainqueur» s'est exclamé Gaston Monnerville, député de Guyane en 1945. Il exprime ainsi sa reconnaissance à l'égard des troupes d'outre-mer, comprenant l'Armée d'Afrique et l'Armée Coloniale, et plus particulièrement la participation aux combats des troupes indigènes.5
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Le rôle important des troupes coloniales.

En Afrique du Nord:

C'est avec les Africains du Régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad que le Général Leclerc prend l'oasis de Koufra.

En Italie:

Le 4ème Tabor qui débarqua en Sicile à la demande du Général Patton était composé de 58 français et 832 marocains.

La première Division d'infanterie Coloniale, formée dans l'Oranie, comprenait trois régiments de tirailleurs sénégalais. Cinq bataillons mixtes, en majorité formés de tirailleurs sénégalais. Ils se sont illustrés dans la marche vers Sienne.

L'Ile d'Elbe est conquise en juin 1944 par les tabors marocains, les tirailleurs sénégalais et le Bataillon de choc des commandos d'Afrique.

En France:

Les unités africaines sont largement présentes lors du débarquement de Provence

«On leur confie alors les missions les plus délicates : la prise d'Hyères et de Gleiis, la Bataille de Toulon. » 6

C'est par exemple la 3ème Division d'infanterie algérienne qui entre dans Marseille, suivie des tirailleurs algériens et des tabors marocains «en djellabah», «des sauvages en robe de chambre comme les appellent les Allemands qui les redoutent»

On les retrouve ensuite dans les unités engagées en Alsace, des unités «blanchies» par l'amalgame entre troupes d'outre-mer et FFI. A l'approche de l'hiver, elles sont peu à peu retirées du front en raison de leur manque d'endurance au froid.

 

Ainsi les régiments de la 4eme division marocaine de montagne qui depuis la Tunisie, la Corse et l'Italie ont assuré la mission confiée dans des conditions parfois effroyables. Elle se retrouve en 1944 pour la libération de Strasbourg où elle doit mener de durs combats malgré les rigueurs de l'hiver: - 24°C !"7

 

Les tabors marocains, le 1er Septembre 1944, 
lors de la libération de Pont-d'Ain. 
©
accordé 2000 -Anne-Marie Dragaud. 

 

b/ Les volontaires étrangers 

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l'exemple des Polonais.

Nous avons vu que les Forces polonaises qui ont pu échapper à l'anéantissement de leur pays ont repris la lutte auprès des alliés dès 1939 (La Brigade Autonome de Chasseurs du Pohdale à Narvik en Norvège) et des F.F.L. après l'armistice de Juin 1940.

 

"Pour notre liberté et la vôtre".

« La 1ère Division de Grenadiers, commandée par le Général B. DUCH, comprenait l3.000 grenadiers et 3.100 officiers et sous-officiers. Refusant de capituler en juin 1940, le Général DUCH lança son "ordre 4444" qui signifiait la dispersion par petits groupes pour rejoindre les ports du sud de la France puis l'Angleterre.
La 2ème Division de Chasseurs à Pied réussit à gagner le sud de la France et franchir avec armes et bagages la frontière franco-suisse dans la nuit du 19 au 20 juin. Ses chefs préféraient l'internement en Suisse aux camps allemands où les soldats polonais étaient particulièrement mal traités.
La 1ere Division Blindée polonaise participa au débarquement en Normandie, Elle aura la dure mission de fermer la poche de Falaise et barrer la retraite à la 1 ère Division Blindée SS "Adolf Hitler" et à la 12e Division SS "Hitler Jugend". Elle continuera à se battre jusqu'en Hollande après avoir participé à la libération de la Belgique.
Le IIe Corps d'Armée polonais a combattu côte à côte avec le Corps Expéditionnaire français du Général Juin lors des combats du Mt Cassin, appelé la "Colline de la Mort».
Une partie de l'armée de l'air polonaise parvint en France par les voies les plus diverses. Dès Janvier 40, 7.240 pilotes et aviateurs commençaient à s'initier au matériel français. Un premier groupe est formé à Bron sur Morane 406. A la mi-mai 40, quatre groupes de chasse sont formées, dont le groupe 1/145 du Commandant J.KEPINSKI séjourna à la base de Bron avant de s'illustrer dans le nord de la France. Après la bataille de France, ils seront 986 officiers et 3.217 aviateurs à franchir la Manche pour reprendre la lutte. » 8

Ajoutons que 30 000 polonais se sont engagés dans les unités spéciales de la Légion étrangère. Ils ont été rejoints par 9000 Tchèques dont 112 pilotes de chasse.

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Les Espagnols

En 1939, de nombreux civils et l'armée républicaine espagnole passent la frontière française pour fuir la terreur franquiste. Ils sont internés par la France dans des camps du sud-ouest, dans des conditions souvent effroyables. Certains parviennent à gagner le Mexique. Mais beaucoup s'engagent dans les rangs de la Légion étrangère pour combattre dès 1940 dans le Nord de La France puis aux côtés des alliés.

« C'est Franco ou la Légion.
Les fuyards étaient mis devant l'alternative suivante retourner en Espagne ou s'engager dans la Légion française «volontairement»
Plusieurs furent affectés aux services des fortifications de la Ligne Maginot. Que sont devenus les 15 ou 20 000 Espagnols tombés aux mains des Allemands en Mai 1940 ? Le camp de Mauthausen où périrent plus de 7 000 d'entre eux !
«L'appel du Général de Gaulle » en juin 1940 fui entendu par nombre de réfugiés comme la seule issue honorable. » 9

La Légion étrangère, est un corps de l'armée française composé majoritairement de volontaires étrangers. Elle accueille tout étranger de 18 à 40 ans qui s'engage pour une période de cinq ans. Après cette période, il peut demander la citoyenneté française.

 

 
Dès 1939, 8 465 étrangers s'engagent dans ses rangs : 3000 Espagnols, 1771 Allemands, 800 Tchèques, 779 Belges, 639 Italiens, 615 Polonais. Quand ils étaient pris par les Allemands, le statut de prisonnier de guerre leur était refusé. Pour eux, c'étaient alors les camps de concentration.

 

En août 1945, la 2ème D.B. du Général Leclerc entre dans Paris. Les Espagnols de la Division sont les premiers et les chars de tête s'appellent " Madrid ", " Guadalajana " et " Teruel " !

 

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notes

1. Revue de la France Libre. 1988
2. Docteur Mairesse. «Rhin et Danube». bulletin de la FARAC
3. Professeur J-C Jauffret IHEDN Montpellier. Armée d'aujourd'hui. mai 1994
4 Jacques Frémeaux, professeur à l'Université de Nice Sophia Antipolis. Armées d'aujourd' hui. mai 1994
5 Jacques Frémeaux, professeur à l'université de Nice Sophia Antipolis .Armées d'aujourd'hui .Mai 1994.
6 Professeur J-C Jauffret IHEDN Montpellier. Armée d'aujourd'hui. mai 1994
7 Général Le Diberder

Mise en page : Lisa PEYRARD, Arnaud Vilain
et Alexis Brossard - 3A - 2000

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