1. Entre les deux guerres, 
la France a largement accueilli des étrangers…

3. La France, terre d'accueil ?

a/ Une tradition de fraternité.

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     Par tradition, la France est une terre d’accueil  

De tous temps la France a été un centre attirant, proposant des principes de portée universelle :

bullet La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen votée en 1789 insiste sur la liberté, l'égalité et la résistance à l'oppression.
bullet Dès 1791, la France révolutionnaire a accordé l'égalité à la communauté juive.  De ce fait tout étranger persécuté dans son pays peut trouver asile en France.
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Notre devise proclame la fraternité.

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Lors de la Commune de Paris, les étrangers ont été ainsi considérés comme membres à part entière de la société et certains ont exercé alors des responsabilités.

Cette tradition explique l'accueil des "Russes blancs" après la révolution bolchevique d'octobre 1917, des arméniens fuyant le génocide turc, des citoyens d'Europe centrale victimes des persécutions liées à leur origine, des républicains espagnols après la guerre civile de 1936-1939.

Ainsi, la formation du peuple français est le résultat de brassages, d'intégrations successives et notre civilisation s'est enrichie de ces apports extérieurs. 

      Entre les deux guerres, la loi a favorisé les naturalisations et accordé la nationalité française aux enfants d’immigrés nés en France 

 

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       Les M.O.I.

Certaines organisations politiques encadrent étroitement les travailleurs immigrés: c'est le cas du Parti Communiste Français qui se veut international.  L'origine des futurs M.O.I. vient de cet encadrement politique né avant guerre.

   

B / des français parfois tentés par la xénophobie

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Avec la grande crise, l’attitude de la France et des français évolue 

Le phénomène migratoire les frappe.  En 10 ans, le nombre des étrangers est passé de 1 à 3 millions.  

Ainsi dans le nord, les Italiens nombreux ne sont pas toujours bien acceptés.On reconnaît le fait que l’immigration permet de vite relever les ruines.  Mais on montre aussi un rejet.  

le racisme: L'image du tirailleur sénégalais 
dans la publicité 


 «- Comment la France a-t-elle accueilli les immigrés italiens?
 - Beaucoup moins bien qu’on ne le pense généralement.  Les mauvaises relations diplomatiques entre Rome et Paris, la concentration des Italiens dans certaines zones du midi et la composition de cette immigration, jeune, célibataire, peu qualifiée, encourageaient une très vive italiophobie.  En 1881, à Marseille, un incident banal donne lieu à des chasses à l'homme pendant plusieurs jours.  En 1893, dans les Salines d'Aigues-Mortes, une vingtaine d'Italiens sont tués à coups de pierres et de pelles.  L'année suivante, à Lyon, l'assassinat du Président Sadi Carnot par l'anarchiste Caserio provoque de véritables émeutes xénophobes.
Sans compter le discours xénophobe qui imprègne la presse.  On désigne l'italien comme primitif, barbare, on parle de nuées de sauterelles. Il y a une véritable mythologie de «l'invasion» 1  

Mais, souvent les communautés vivent séparément, les étrangers se regroupant dans les même villages et les mêmes quartiers, et les mariages ayant lieu à l'intérieur de la communauté pour la première génération.  La majorité des immigrés sont des hommes jeunes, célibataires ou précédant la famille.  Les liens avec le pays sont maintenus par l'intermédiaire d'associations culturelles.  

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Les contemporains les voient comme des immigrés même quand ils sont naturalisés

 On parle aussi de danger sanitaire ! On évoque les scandales politico-financiers où sont mêlés des étrangers.  Sous le Front populaire, l'antisémitisme grandit et les ligues en font un thème de contestation.  Les journaux s'emparent de ce thème facile à exploiter : l'étranger est désigné comme le coupable du chômage.

Les étrangers dans le pays noir 
« Ils logent à 5 ou 6 hommes dans une seule maison.  Ce n'est plus une maison, c'est un campement.  On a jeté de la paille à terre , de toilette, ils n'en font guère ; on leur fait la réputation de colporter des puces.  Quel contraste frappant avec nos mineurs français si soucieux de leur propreté qui se savonnent dans leur cuve au retour de la mine et ne sortent qu'après avoir fait peau neuve.  C'est un étonnement unanime dans les corons que la saleté de la plupart des étrangers...Il faut jeter un coup d 'oeil sur les salles des tribunaux de la région minière : Béthume, Douai, Valenciennes.  On y voit fréquemment des gens à silhouette exotique assis sur les bancs des prévenus.  La police de la région minière devient une des plus difficiles à assumer.  Les vols se multiplient, les gardes des compagnies n'osent plus intervenir dans certains cas de peur de cruelles représailles.  La brigade mobile de la région du Nord a fort à faire dans le pays noir et c'est la plupart du temps les méfaits des bandes d'étrangers qui nécessitent leur intervention.» 2
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Des « métèques »

 Les comportements quotidiens, le vocabulaire et notamment l'emploi fréquent du mot «métèque», le succès de certains journaux racistes montrent une attitude de plus en plus raciste.

Ainsi, en 1939, les réfugiés espagnols ne sont pas toujours très bien accueillis :  

A Agen, une certaine partie de la population ne nous acceptait pas du tout, car nous représentions pour elle "la horde sauvage des rouges".3

Avec la crise de 1929, cette attitude de rejet s'amplifie, et les Allemands joueront sur cette xénophobie lorsqu'ils mettront en avant le caractère étranger de leurs fusillés.

 

C/ Vichy un état raciste.

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Exclusions et dénaturalisations

 Vichy se montre volontiers xénophobe.  Dès juillet 1940, Pétain exclut les fonctionnaires nés de père étranger. 

En théorie le réfugié politique doit être protégé.  En réalité les réfugiés espagnols par exemple sont "parqués" dans des camps du sud-ouest, à Argelès, Gurs ou d'autres dans des conditions souvent déplorables.  On renforce les contrôles et les expulsions du territoire.  On dénaturalise facilement en 1940 des italiens, des juifs.

 L'étranger est présenté comme "une menace" qui justifie l’internement.  

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  Des camps pour « individus dangereux » 

 Le premier camp en 1939 est destiné "aux étrangers à surveillance spéciale permanente dans l'intérêt de l'ordre et de la sécurité publique".  Les Espagnols et les étrangers qui rentrent des Brigades internationales qui ont combattu Franco sont particulièrement désignés.  A Gurs, on interne les "individus dangereux pour la défense nationale et l'ordre public".

 «Il fallait organiser la survie à l'intérieur des camps.  Il y avait ceux qui mangeaient et ceux qui n'y parvenaient pas régulièrement.  Le logement continuait d'être celui des huttes de roseaux et de chiffons.  Il fallait se débrouiller pour ne pas mourir de froid.  La démoralisation gagnait surtout les personnes âgées et celles qui avaient perdu leur famille.
Cette situation se prolongea dans certains camps jusqu'à juin.  La construction de baraques, même tardive changea totalement l'aspect misérable de ces bidonvilles concentrationnaires.
La création des Compagnies de Travailleurs espagnols d'abord composées de volontaires décongestionna les camps.
Les gens étaient fatigués d'avoir faim fatigués de dormir sur le sable ; fatigués de tramer des poux ; fatigués de la dysenterie que provoquait l'eau qu'on tirait des pompes plantées dans le sol sablonneux près de la mer -, fatigués de voir les sentinelles, baïonnettes au canon , fatigués des marchés noirs , fatigués, enfin, de voir tous les jours des morts transportés sur les brancards
Ceux qui ne voulaient pas se soumettre risquaient d'être refoulés vers l'Espagne.  Les suspects politiques étaient emmenés au fort de Collioure où ils étaient soumis à un régime pénitentiaire très sévère.  L'évasion, tentation obsédante de celui qui se trouve enfermé, conduisit grand nombre en Maison d'arrêt... et ils se voyaient accusés d'avoir transgressé la loi sur le séjour des étrangers en France.  C'était alors la prison de Toulouse» 4

500 000 espagnols réfugiés sont ainsi internés.  Ils se voient refuser le statut de réfugié politique et beaucoup seront déportés à Mauthausen ou Buchenwald.

Dans la crainte d'une "cinquième colonne" suivant les armées allemandes, les Allemands et les Autrichiens sont ainsi enfermés.  Ainsi, dès 1940, les réfugiés politiques allemands, autrichiens et tchèques sont arrêtés et emprisonnés comme « ennemis de la France ». Ils sont alors internés dans les camps français : le camp du Vernet en Ariège, celui de Gurs où on compte en 1941 3526 Allemands.  Lorsqu'en décembre 1942, Hitler ordonne l'arrestation de tous les ennemis de l'Allemagne se trouvant en France, Vichy livre les exilés allemands et beaucoup mourront dans les camps de déportation.

 « L'histoire des conditions de vie et de la lutte armée des réfugiés allemands en France est un sujet encore mal connu et peu analysé... Début 1939, des milliers d'émigrés allemands antinazis, réfugiés politiques et raciaux des années 30, découvrent que le droit d'asile n'a plus cours et qu'ils sont désormais traités comme ennemis, jugés « indésirables ». A la déclaration de guerre, certains d'entre eux se portent volontaires dans l'armée française mais se heurtent au refus de Daladier.  Leur situation s'aggrave avec la signature de l'armistice aux termes duquel, le gouvernement de Vichy s'engage à les livrer au III ème Reich. » 5
 
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 L’antisémitisme à la française

 Puis en juillet 40, c'est le tour des "étrangers de race juive" enfermés aux "Milles" ; qu'ils soient immigrés des pays d'Europe Centrale ou Français, les juifs sont devenus indésirables.

 En effet, Vichy est rapidement devenu un Etat antisémite qui exclut.  Dès le 3 juillet 1940, le statut des juifs les exclut de la fonction publique et des professions en relation avec le public : éducation, presse, cinéma... En mars 1941, un Commissariat aux questions juives est créé.  En juin, le recensement devient obligatoire et les juifs doivent porter l'étoile jaune en mai 1942.  

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Vichy complice de l’extermination

 La complicité de l'Etat de Vichy avec les Allemands ne fait aucun doute et les récentes déclarations de l'Eglise ou de la police le rappellent.  Vichy participe à la solution finale en acceptant et en aidant à la déportation.  En juillet 1942, la police française participe à la rafle du Vel' d'hiv où l'on arrête près de 13000 personnes.

 Sur les 300 000 juifs vivant en France, 75 000 ont été déportés vers Auschwitz principalement, et alors que les allemands n'exigeaient que les juifs étrangers et les adultes, Vichy a déporté aussi les enfants.

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notes:

1. Entretien avec R Sole. "Le Monde" - 1985
2. article du "Réveil du Nord"
3. Juana Morente. 28 /09/ 1996. Le Patriote-Résistant n°687
4. J Carrasco, Le Patriote Résistant. Avril 1996
5. d'après Barbara Vormeier, Maître de Conférence à Lyon 2

Mise en page par Lisa PEYRARD - 3A - 2001  

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