Une mise au point préalable

Dès le début, le sujet nous a posé un problème de définitions.  

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 Qui allions-nous considérer comme étrangers ? 

La distinction était difficile à faire. Nous avons rencontré beaucoup de noms qui sonnaient «étrangement» dans les livres de Bruno Permezel «Résistants à Lyon».  

Certains étaient nés hors de France et pouvaient être considérés comme immigrés, d'autres étaient nés en France et étaient donc légalement Français.  

Parmi eux, certains avaient été nationalisés. 

D'autres furent dénaturalisés par Vichy.  

Certains n'étaient ni étrangers, ni Français : des apatrides disait-on alors, et l'on rajoutait «qu'ils étaient difficiles à assimiler», mais on les incorpora tout de même dans l'armée française dès 1939.  

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 Devions-nous évoquer uniquement la mémoire des résistants ou aller plus loin en nous souvenant aussi de tous ces étrangers « morts pour la France » à un moment ou à un autre de ces années 1939-45 ?

 On considère comme résistant celui qui entre volontairement dans le combat.

Comment distinguer parmi les noms des étrangers ceux qui étaient volontairement « morts pour la France? »  Le tirailleur sénégalais mort à Chasselay en 1940 avait-il choisi de venir lutter pour la métropole? L'Espagnol déporté au camp de Mauthausen ou à Buchenwald s'est-il battu dans la Résistance ? Le Polonais mort à Villeurbanne luttait-il pour la France ou pour la liberté de son propre pays ?

La résistance étrangère en France a été multiple, animée par des motifs parfois très proches de ceux des Français.  Mais elle a aussi été parfois une résistance par pays interposé.  On se battait pour la France, mais aussi pour son propre pays.

Il nous a paru délicat de réduire le sujet aux seuls résistants qui étaient effectivement étrangers au regard de la Loi.

Étrangers, immigrés 

 On désigne comme immigrés des personnes nées hors de France.  Elles peuvent être étrangères ou françaises par acquisition de nationalité.

 Il y a aussi en 1939 des apatrides, c'est-à-dire des personnes ayant perdu leur nationalité d'origine, sans en avoir acquis légalement une autre.  C'est le cas des arméniens venus entre 1922 et 1926, avec un passeport mentionnant "sans possibilité de retour".  Dans notre région ils sont nombreux à Vienne ou à Décines.  Leurs droits et leurs devoirs diffèrent ainsi les apatrides sont assujettis au service militaire dès 1939.  

 Sont-ils tout à fait Français ?

 Mais la France de l'époque rassemble aussi des Colonisés, qui ne sont pas tout à fait Français puisqu'ils ne disposent pas alors de tous les droits civiques accordés aux Français.                                    

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Les trois empires en 1939

©  Mornant - 2000

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 Les Français de l’époque les avaient-ils totalement intégrés ?

 La France de 1939 célèbre ses colonies à travers une grande Exposition coloniale : les Français sont fiers de leur empire, mais en 1936, le projet de loi qui propose d’accorder le vote à 25 000 musulmans algériens échoue !

 Les voyaient-ils comme des membres à part entière de la communauté nationale, des membres égaux avec des droits et des devoirs ? Comme aujourd’hui, n’avaient-ils pas tendance à considérer l’autre selon son apparence ?

 Un historien dit d’ailleurs que :

« …d’une manière générale, les Européens bénéficiaient d’une plus grande sympathie, car ils étaient jugés plus proches du type national. En tête se situaient les Belges et les Suisses, puis venaient dans l'ordre les Italiens, les Espagnols, les Polonais.  Les Allemands étaient gravement dévalorisés par les souvenirs de la Grande Guerre.  Les Russes blancs, tous considérés de manière romanesque comme des princes obligés de conduire des taxis pour survivre, éveillaient un intérêt superficiel.
La présence des exotiques engendrait de vives réticences.  Les Nord -Africains apparaissaient comme des primitifs dangereux, les Chinois et les indochinois comme un groupe sournois. » 1
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Et, l’ennemi comment les considère-t-il ?

 L’allemand fait un tri :

« A Chateaubriand en 1941, le tour du monde a été vite fait dans les camions qui roulent vers la carrière : pourtant tous chantent "La Marseillaise".  Quarante-huit sont tombés ce 22 octobre.  Pourquoi? Parce que deux jours auparavant le feld-kommandant de Nantes a été abattu.
L'otage n'29 a 29 ans.  Son visage n'a pas la couleur de celui de ses compagnons.  L'acte d'exécution consigne qu'il doit mourir parce qu'il est annamite et communiste.
A quoi a dû penser Houynk Huong en ces derniers instants A sa compagne, à leur enfant tout jeune encore, au lointain Viêt-Nam, à Paris qui l’avait accueilli et formé ? » 2

Les français considèrent souvent comme étrangers des personnes qui ne le sont pas forcément au regard de la loi : les étrangers sont donc aussi ceux qui sont considérés comme tels par la population à cause de leur apparence.

© Luc Rehmet - http://perso.wanadoo.fr/luc.rehmet/luc.rehmet

Sont-ils encore français ?

 Il paraît difficile d’oublier ceux qui français de naissance et de cœur ne le sont plus après l’armistice.  

 

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 C'est le cas par exemple des alsaciens-lorrains

« Né à Metz en Moselle, le 31 avril 1923, j'avais juste 16 ans le 3 septembre 1939.  Lorsque les Allemands lancèrent leur offensive en mai 1940 et que la France demanda l'armistice en juin 1940, l'Alsace-Lorraine fut purement et simplement annexée par le III ème Reich allemand. Les Alsaciens -Lorrains avaient alors les mêmes droits et les mêmes devoirs que les Allemands de souche. Il nous fut par exemple interdit de parler le français.
En octobre 1942, une classe fut incorporée dans les Chantiers de Jeunesse allemands.  Mon intention à ce moment-là était déjà de rejoindre la «France de l'intérieur» expression typiquement alsacienne.  Mais sur les supplications de ma mère, je rejoignis les Chantiers de Jeunesse au Luxembourg à 60 km de Metz.  Il me fut très dur de porter cet uniforme allemand.  Début janvier 1943, je fus mobilisé dans la Wehrmacht à Saarbrücken.  Bien décidé à m'évader, cette fois, je dus à nouveau subir les supplications de ma mère, avec la promesse pourtant de sa part de me laisser partir dès qu'il serait question d'être dirigé sur l'un des fronts où se battait l'année allemande.  Notre ordre de départ sur le Front Russe nous parvint le 20 octobre 1943.»3
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Le cas des juifs français frappés par les lois antisémites de juillet 1940

«Fille du comte Louis Cahen d'Anvers, mariée; au comte Armand de Dampierre, Colette de Dampierre est née en 1914, d'un père banquier et d'une mère apparentée aux Rothschild.  Elle a grandi au château des "Champs", dans un milieu Israélite, mais elle se convertit au catholicisme pour épouser Armand.  Par une réaction de courage et de dignité, elle va pourtant, en septembre 1940, se déclarer comme juive au commissariat.» 4

 Nous avons donc décidé de prendre le sujet au sens large ce qui offrait ainsi l'avantage de montrer combien de nombreuses nationalités ont combattu sur notre sol ou dans nos armées, à nos côtés, pour notre liberté et la leur.

 Nous avons donc considéré que:

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  est étranger, celui qui n'a pas la nationalité de par sa naissance hors de France et immigré celui qui est né hors de France, même s'il a acquis la nationalité.

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  est étranger en 1940, celui qui perd sa nationalité parce que la loi et le territoire changent alors.

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  est étranger aussi pour nous, celui qui est considéré comme tel par une partie de la population ou qui est montré ainsi par l'occupant ou le gouvernement de l'époque.

Il y avait 57 nationalités différentes

 «Je me suis trouvé parmi eux, dès 1939-40, dans un corps de volontaires étrangers qui s'étaient engagés pour combattre le commun ennemi : Hitler.  Ce corps était simplement encadré d'officiers et de sous-officiers français.  J'en suis un.
 J'avais ainsi apprécié par exemple les Républicains espagnols dont le mordant antifasciste était particulièrement vif Il y avait aussi des Hongrois, des Autrichiens échappés aux nazis, des Polonais ayant fui leur pays envahi par Hitler, des Italiens...
 Nombre de ces camarades d'armes de la guerre, je les retrouvais ensuite en Allemagne dans le camp de prisonniers de guerre ; après mon évasion, je les retrouvais dans les formations clandestines de la Résistance.
 Ils étaient vaillants et aimaient sincèrement la France et la Liberté.  Ils savaient pourquoi et contre quoi ils luttaient." 5 

  

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notes

1. Les étrangers dans la résistance. Musée de Besançon
2. On les nommait des étrangers. Gaston Laroche
3. MonsieurKLein. Collège de Mornant
4. Elles, dans la Résistance. M-Cl Coudert
5. Souvenirs du Général Joinville. FFI

Mise en page : Arnaud Vilain  - 3A - 2000  

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