III Quelques noms, quelques récits

4. Des Polonais

"C'est à ce moment-là, rappelle Eva, que 40 000 juifs étrangers se sont engagés dans l'armée française pour s'opposer à l'Allemagne nazie. Des milliers d'émigrés devaient participer à la libération de la France, et nombre le firent les armes à la main... et sur 1135 fusillés au Mont-Valérien, 11.6% étaient juifs"

 

Eva Golgevit

Elle était juive polonaise.

Lorsqu'Hitler prit le pouvoir, Eva était âgée de 20 ans et venait d'arriver à Paris après maintes péripéties d'un exode pénible. Comme des milliers d'autres émigrés, chassés vers la France par la crise économique et les dictatures, elle était hantée, ainsi que les siens par la misère et la crainte de l'expulsion, démunis qu'ils étaient de papiers et de logement. 

Dans son quartier, elle milite sous un pseudonyme. Elle assiste aux meetings, collecte du lait, de l'argent et des médicaments pour les Républicains espagnols.

Elle participe également à la formation qui assure la sécurité des camarades juifs transitant par la France Pour rejoindre l'Espagne. Eva a une grande admiration pour l'URSS, premier pays à avoir établi le socialisme. Aussi, le 3 août 1939, c'est la stupéfaction: le Pacte germano-soviétique... Eux, communistes juifs, savent ce que sont Hitler et son régime. Peu après, lorsque le parti communiste français est interdit, la presse clandestine communiste juive se retrouve hors la loi.

Mais une solidarité effective existe et, durant la drôle de guerre, des groupes clandestins se constituent et réussissent à imprimer des journaux en yiddish. Vient la débâcle. La France est occupée. Eva dont le mari est prisonnier se retrouve seule avec son fils. On demande aux juifs de se faire enregistrer. Déjà, elle s'organise pour lutter. Avec des femmes non communistes, elle s'occupe de Solidarité dont l'une des missions est de prendre en charge les femmes juives restées seules avec leurs enfants, souvent totalement démunies, car nombre d'hommes ont été arrêtés et déportés avec J'accord de Vichy. En 1942, les hommes commencent à être expédiés vers Auschwitz, et le 27 mai est décrétée l'obligation de porter l'étoile jaune pour les personnes d'origine juive. Puis, le 15 juillet, c'est le Vel d'Hiv.

La Résistance

Une fois son fils en sécurité, elle enlève son étoile jaune, quitte son domicile pour aller chez une amie, membre de la Résistance juive qui lui propose de faux papiers. C'est ainsi qu'elle devient belge et se nomme Gisèle Moreau. Elle est désormais en pleine illégalité et assume la fonction d'agent de liaison. Les autres femmes juives avec qui elle milite ne se contente plus de participer à des actions de masse: elles travaillent avec les groupes F.T.P.-M.O.I., transportent des armes, agissent directement parfois. Ainsi trois jeunes femmes F.T.P-M.O.I. vont faire sauter des véhicules allemands dans les garages, à proximité de l'Ecole militaire.

Elles seront prises dans une rafle au métro Porte d'Orléans, les poches pleines de grenades à main. L'une d'elle, Hélène Kro, est reconduite chez elle où l'on procède à une perquisition. Or des camarades doivent y arriver dans quelques minutes. Que faire pour les alerter ? Menottes aux poignets elle se jette par la fenêtre du cinquième étage en hurlant. Elle avait 29 ans et un enfant qui en avait cinq...

L'arrestation et la déportation

Eva est arrêtée en juillet 1943 avec soixante-neuf de ses camarades de "Solidarité" devenu l'Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide. Elle est déportée à Auschwitz...*

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Notes
* d'après Elles la résistance. Mesidor. Temps actuels.

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