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Le témoin et l’historien ?
Le témoin et l’historien ?
 



 
 

jeudi 26 décembre 2002 par Evelyne Marsura

« Le témoin et l’historien ? Le problème semble réglé depuis longtemps :pratiquement et épistémologiquement. Le témoin n’est pas un historien et I’historien,s’il peut être, le cas échéant, un témoin, n’a pas à 1’être, et surtout ça n’est qu’en prenant ses distances par rapport au témoin (tout témoin, y compris lui-même) qu’il peut commencer à devenir historien. » François Hartog

Le témoin peut-il être historien de sa propre histoire ? Est-il possible de mettre à distance sa propre expérience ? C’était le sujet de l’émission du 23 Décembre 2002 dans La Fabrique de l’Histoire sur France-Culture, avec notamment Daniel Cordier, Jean-Louis Crémieux Brilhac, Denis Peschanski, Geneviève Fraisse et Rolande Trempé.

De Daniel Cordier qui se fait historien pour répondre à Henri Frenay en avançant l’expression délicate d’une « histoire objective et partisane », à Jean-Louis Crémieux Brilhac historien-témoin de la France Libre après avoir pris le temps de la nécessaire distance historique et politique, à Rolande Trempé qui refuse que l’historien parle de sa propre action, les expériences et réflexions sont à la fois proches et différentes tant sur la place en histoire de l’acteur-témoin que sur ce qu’est l’histoire. Marc Bloch, historien du Moyen-âge qui devient historien de sa propre histoire, nous montrant par son destin que l’histoire est aussi un engagement, est évoqué par la lecture d’un extrait de « l’étrange défaite ».

La nécessaire distance

Au delà de la question de départ, la discussion rejoignait la question plus large du rapport mémoire et histoire : que faire du témoignage quand on est historien ? Quel est le statut du témoignage dans les sources de l’histoire ? Une question qui suppose de distinguer entre les témoignages :
. le témoignage écrit sur le moment qui peut être source avec les questions que l’on pose à toute source
. le témoignage distant qui devient d’exploitation d’autant plus délicate qu’il est plus distant des faits
. le statut du témoin selon le niveau de son engagement et son rôle d’acteur plus ou moins important et de l’éclairage parfois irremplaçable qu’il peut donner.

Pour Denis Peschanski , il est difficile à l’historien d’intégrer le discours du témoin et la démarche historienne doit garder ses distances dans l’utilisation du témoignage sauf peut-être dans le cas du témoignage immédiat . L’historien, même contemporain, ne fait pas l’histoire avec le témoin, mais sans lui et parfois même malgré lui. En effet, le témoignage distant des faits subit plusieurs effets pervers :
. La construction et reconstruction des faits
. L’extrapolation du vécu individuel à la vérité d’ensemble
. La re-hiérarchisation en fonction de son propre vécu
. L’effet d’immédiateté

Car la mémoire a posteriori est influencée par ce que le témoin a lu, entendu après les faits. C’est ainsi le rôle de l’extérieur dans la construction de sa propre mémoire . Le témoin tend aussi à surévaluer son propre vécu, mais aussi à généraliser sa propre expérience, à donner une importance à des faits mineurs de son vécu alors que d’autres faits qu’il évoque à peine seraient très importants dans un tableau d’ensemble. Il peine à reconnaître l’histoire comme travail de professionnel.

La dimension irremplaçable du témoignage

Tous s’accordent à dire que le témoignage permet de faire passer une dimension différente, une atmosphère, une vie, une passion, une authenticité que l’historien détaché des événements ne peut ni sentir, ni vraiment reconstituer.
Pour Daniel Cordier et Jean-Louis Crémieux Brilhac, le témoin-acteur dispose d’un avantage sur le chercheur dans l’accès aux sources et dans l’interprétation de la source : il sait où sont les sources, qui est qui, quelle est la relation entre qui et qui, peut donc porter une appréciation que personne d’autre ne peut porter.
Mais on voit aussi les limites qu’introduit cette connaissance : comment rester distant, objectif, face à la source quand on a été soi-même engagé dans cette histoire ? La tentation d’autocensure, de lecture partielle et partiale reste un risque. Rolande Trempé insiste : être historien-acteur exige un difficile travail sur soi-même de modestie et d’effacement, de manière à se mettre dans une situation d’objectivité et de dépassion par rapport à l’ensemble des autres acteurs.

Diverses lectures vraies en histoire

Reste la définition de ce qu’est l’histoire. Daniel Cordier la voit d’abord comme chronologie à partir des documents, l’historien étant là pour établir les faits, le témoin-historien recherchant les documents pour appuyer ses souvenirs . Or, pour Denis Peschanski, la démarche de l’historien est ailleurs dans un aller-retour constant entre un questionnement et des sources. D’où le fait qu’il n’y a pas une vérité historique, ni plusieurs vérités en histoire, mais diverses lectures vraies des événements en fonction des questions posées et de la lecture différente des sources. L’histoire est le sens qu’on donne au passé et pas seulement la lecture brute du passé, c’est l’articulation constante entre questions et sources. Le fait connu à partir de l’archive écrite est immuable, par contre la lecture qu’on en a, l’interprétation qu’on en fait, les questions qu’on lui pose pour arriver à la construction de l’objet historique varient. D’hypothèses différentes naissent des vérités historiques différentes.


A lire, à visiter :


-  Témoins et historiens - La Fabrique de l’Histoire - France-Culture , émission du 23 Décembre 2002 .

-  Compte rendu du colloque Mémoire(s) et bibliothèques, organisé par la Bibliothèque municipale d’Anglet et la Fédération Française de Coopération entre Bibliothèques , juin 1999, Paru dans la BBF t. 44, n°5, 1999.
-  Le témoignage dans l’histoire française du temps présent, Danièle Voldman.

-  Marc Bloch, L’étrange défaite, Paris, Gallimard, Folio histoire
-  François Hartog, Le témoin et l’historien , Gradhiva, 2000.
-  Annette Wieviorka, L’ère du témoin, Paris, Plon, 1998.
-  Memoire et histoire : la résistance, sous la direction de JM Guillon et Pierre Laborie, Editions Privat.




 

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