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Les combats du 19-20 juin 1940 au Nord de Lyon
Les combats du 19-20 juin 1940 au Nord de Lyon
 



 
 

Entre 1939 et juin 1940, 100 000 hommes sont levés les colonies françaises pour venir défendre la métropole. Huit régiments sénégalais ( le terme regroupe l’ensemble du continent africain) et de nombreuses autres unités prennent ainsi part à la campagne de France en 1940. Entre le 10 mai et le 25 juin 1940, près de 4 "sénégalais" sur 10 ont été tués ou massacrés. Souvent en premières lignes des combats ou engagés dans de vains combats retardateurs, les soldats colo­niaux ont été aussi les premières victimes de la haine raciste du vainqueur , comme à Chasselay (Rhône) et ses environs en juin 1940.

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Le Tata sénégalais. Chasselay
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© E. Py 2000

A Chasselay, au Nord-ouest de Lyon, une nécropole rassemble désormais les corps des 188 soldats sénégalais du 25e RTS massacrés en juin 1940 : le Tata sénégalais. Cet édifice de style africain [1] unique en France rappelle le sacrifice de ces soldats coloniaux.

Ces 19 et 20 juin 1940, les soldats sénégalais du 25e RTS [2] avaient reçu l’ordre insensé de " résister sans esprit de recul" face aux troupes nazies bien supérieures en nombre et en armement qui déferlaient du nord par la Nationale 6 ( la Grossdeutschland) et de l’ouest par la Nationale 7 ( la SS Totenkopf ). Autour de Lyon, déclarée "ville ouverte" se déroulaient ainsi l’une des dernières batailles de cette guerre déjà perdue puisque Philippe Pétain, chef du gouvernement, avait demandé l’armistice.

Mais, le Commandement militaire avait décidé de retarder l’avance ennemie et de tenir quelques heures encore avec ses faibles moyens utilisant la seule formation vraiment opérationnelle, le 25e régiment de Tirailleurs Sénégalais. Mission du sacrifice ? Drame de l’honneur de quelques officiers ?... alors que l’intérêt militaire est bien contestable.

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C’est en novembre 1942 qu’a été inaugurée la nécropole bâtie à l’initiative de M. Marchiani, secrétaire général de l’Office du Rhône des mutilés, anciens combattants et victimes de guerre.

Crime raciste assurément. Car l’ennemi vainqueur massacra de sang-froid les Tirailleurs sénégalais prisonniers non loin de Chasselay, à l’emplacement de l’actuelle nécropole et pousuivit ceux qui avaient réussi à fuir pour les massacrer dans les communes aux alentours de Lyon. Dans les villages autour de Mornant, on se souvient sans peine des Sénégalais cherchant à échapper à la « chasse au noir ».

Jean-Claude Jauffrey signale qu’"au stade actuel de la recherche, on peut évaluer à un millier le nombre de tirailleurs sénégalais massacrés par les Allemands" entre le 24 mai 1940 à Aubigny et le 22 juin 1940 autour de Lyon. [3] [4]


Evelyne.Py 2001

AUX TIRAILLEURS SENEGALAIS MORTS POUR LA FRANCE

Voici le Soleil
Qui fait tendre la poitrine des vierges
Qui fait sourire sur les bancs verts les vieillards
Qui réveillerait les morts sous une terre maternelle.
J’entends le bruit des canons---est-ce d’Irun ?---
On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
On vous promet 500 000 de vos enfants à la gloire des futurs morts, on les remercie d’avance, futurs morts obscurs
Die schwarze Schande !

Ecoutez-moi, Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux, sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée, jadis dans les palabres du village
Ecoutez-moi, tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit.

Nous n’avons pas loué de pleureuses, pas même les larmes de vos femmes anciennes
Elles ne se rappellent que vos grands coups de colère, préférant l’ardeur des vivants.
Les plaintes des pleureuses trop claires
Trop vite asséchées les joues de vos femmes comme en saison Sèche les torrents du Fouta
Les larmes les plus chaudes trop claires et trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.

Nous vous apportons, écoutez-nous, nous qui épelions vos noms dans les mois que vous mourriez
Nous, dans ces jours de peur sans mémoire, vous apportons l’amitié de vos camarades d’âge.
Ah ! puissé-je un jour d’une voix couleur de braise, puissé-je chanter
L’amitié des camarades fervente comme des entrailles et délicate, forte comme des tendons.
Ecoutez-nous, morts étendus dans l’eau au profond des plaines du Nord et de l’Est.
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs Sénégalais

MORTS POUR LA REPUBLIQUE !

Leopold Sedar SENGHOR, Hosties noires.

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notes :

[1] En Afrique Occidentale, Tata signifie "Enceinte de terre sacrée" où l’on inhume les guerriers morts au combat ( Jean Poncet)

[2] Le Groupement de Mesmay est un ensemble de circonstance formé des quelques unités régionales à disposition

[3] "Au mépris des conventions internationales, les massacres les plus importants ont eu lieu à Chartrinvilliers près de Chartres, à Esquinvilliers près de Compiègne, près de Lyon"

[4] Serge Barcellini précise les lieux de ces massacres en recensant les quelques plaques et monuments érigés aux soldats de la "Grande France" :
A Febvin-Palfart (Pas-de-Calais) « aux 32 artilleurs de la 5e DINA fusillés le 30 mai 1940 », à Erquinvillers (Oise) à « ses défenseurs de la Division d’Infanterie Coloniale, Soldats et tirailleurs sénégalais, tués au combat ou massacrés ensuite le 10 juin 1940 », à Cressonsacq (Oise) « aux soldats guinéens massacrés sur le territoire de la commune le 10 juin 1940 », à Monthermé (Ardennes) , « aux Combattants français et malgaches de la 42e demi-brigade mixte tombés pour la défense du passage de la Meuse à Monthermé le 13 mai 1940 », à Reuves (Marne) « aux 44 soldats qui ont donné leur vie pour la défense de notre sol - 14 juin 1940. 4e tirailleur marocain », à Wassigny (Aisne) « aux soldats de la 1ère division d’infanterie nord-africaine tombés sur le territoire de notre commune en mai 1940 », à Beaune (Côte d’Or), « aux 18 soldats indochinois morts en défendant la ville de Beaune les 17-18 juin 1940 », à Clamecy (Nièvre) aux « 43 soldats français africains massacrés par les Allemands », à Lyon (Rhône), « aux 27 soldats sénégalais lâchement assassinés », à Airaines (Somme) « Au capitaine N’Tchoréré » .



A lire, à visiter :

A propos du Tata Sénégalais et du massacre du 25e RTS :

-  DVD : Rafael Gutierrez and Dario Arce : Le Tata sénégalais de Chasselay : mémoires du 25° RTS" Documentary film, 52’, 2007. Productions Chromatiques- TLM, France. Ce documentaire revient sur les événements de juin 1940 et explique la construction du Tata. Il retrace l’histoire des régiments de Tirailleurs. Il donne la parole aux témoins et nous conduit à Dakar où quelques anciens combattants témoignent.

-  Poncet Jean, Les combats de Chasselay Montluzin et dans l’Ouest lyonnais, les 19 et 20 juin 1940.

-  Fargettas Julien, Le massacre des soldats du 25e régiment de Tirailleurs Sénégalais : région lyonnaise, 19-20 juin 1940, mémoire de maîtrise, Université Jean Monnet

-  La liste des morts enterrés à Chasselay sur Mémorial-Gen-Web

Pour aller plus loin :

-  Soldats de la plus grande France, Jean-Charles Jauffret, Université Montpellier III, article d’armées d’aujourd’hui, mai 1994

-  la France avait fortement mobilisé l’Empire, article du dossier "Les étrangers dans la Résistance", http://www.memoire-net.org/etran/et.... "Le capitaine Charles N’Tchoréré est capturé sur la Somme. Il est Gabonais de naissance et commande le groupe de mitrailleuses du 53ème Régiment d’infanterie coloniale mixte. Capturé par les Allemands, il refuse de mettre les mains derrière la tête comme ses hommes, parce qu’il affirme qu’il doit être traité en officier français. L’officier allemand l’abat froidement d’une balle dans la nuque."

-  Les troupes coloniales dans la Grande Guerre, Actes de colloque sur STRATISC.ORG. On lira en particulier l’article LES MONUMENTS EN HOMMAGE AUX COMBATTANTS DE LA GRANDE FRANCE » http://www.stratisc.org/TC_8.htm. M Serge Barcellini fait le point sur l’évolution des politiques de mémoire et ses enjeux, pendant la guerre et aujourd’hui.

-  Dossier : Les coloniaux dans l’armée régulière et dans la Résistance sur le site Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration http://www.histoire-immigration.fr/...

-  Le monument à l’Armée noire de Reims démonté par les Allemands http://www.crdp-reims.fr/memoire/li...

-  Lors de la Seconde Guerre mondiale, tout comme pendant la Grande Guerre, la France fait appel à son Empire : plaquette téléchargeable sur le site du ministère de la défense : http://www.defense.gouv.fr/




 

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