Plan - Autour de Lyon - Leçons de memoire - Nos liens - Contact et Copyright
 
Philippe Delorme.
Philippe Delorme.
 


Prisonnier dans un stalag en Autriche

 
 

mercredi 18 février 1998 par Evelyne Marsura

Avoir 20 ans en 1935...C’est toute une jeunesse marquée par la guerre :

J’avais passé deux années de service militaire, plus six entre le rappel de ma classe, la guerre, la captivité : au total, huit ans et deux mois des années de notre jeunesse.

A travers son récit, nous pouvons retrouver les étapes du début de la guerre, une guerre vécue au front, une guerre perdue en juin 1940 dans l’incompréhension totale pour les jeunes appelés de l’époque.

(JPEG) Quand en 1938, Hitler menace la Tchécoslovaquie, Philippe Delorme achève son service militaire en Alsace. Avec les accords de Munich, il rentre à Mornant le 15 octobre 1938 après deux ans sous les drapeaux.Mais le 21 Mars 1939, le voilà rappelé : après l’Anschluss, c’est le territoire tchèque qui vient d’être annexé par le Reich.

3 Septembre 1939 : la guerre est déclarée et Philippe Delorme, comme de nombreux soldats français attend l’attaque qui ne vient pas : c’est la drôle de guerre, suivie de la rapide Bataille de France. Philippe Delorme a à peine le temps d’arriver en Belgique qu’il faut déjà battre en retraite en direction de Dunkerque.

"C’est la guerre dans toute son horreur. Sur le matin, on s’arrête dans une ville abandonnée, on se repose un peu, mais point de ravitaillement. Il faut se débrouiller comme on peut. Pas de nouvelles, nous ne savons pas bien dans quelle situation nous sommes, mais on se doute que ce n’est pas très brillant. II me semble que l’on s’est déplacé d’une ville à l’autre pour, vers le l9 ou 20 mai, prendre position le long du canal de La Bassé face à la France. On comprendra bien après, que le but est de ressouder l’armée de Belgique avec les troupes restées à l’intérieur. A cette date, les blindés ennemis sont déjà à Boulogne. Nous nous retranchons et les tirs débutent dès le matin. Ils atteignent plus ou moins d’intensité de part et d’autre et durent jusqu’à trois ou quatre heures de l’après-midi. Plusieurs camarades ont été tués, d’autres blessés sont restés sur place dans une infirmerie provisoire. Notre capitaine médecin a laissé un message aux médecins allemands, leur demandant de respecter les conventions de la Croix-Rouge et de prendre soin des blessés... Qu’en est-il advenu ? "

C’est pour lui alors l’embarquement vers l’Angleterre, aussitôt suivi du retour en France où son régiment finit par tomber aux mains des Allemands.

Le séjour en Angleterre dure peu. La compagnie est rembarquée début juin. Il y a encore l’espoir, chez les soldats, d’un retournement de situation, mais le retour en France est celui d’une armée désorganisée par l’avance allemande et la démission morale des chefs militaires.

"Là, nous sommes censés nous reformer, mais nous manquons de beaucoup de choses. Nous recevons des fusils Lebel mais sans bretelle, alors nous mettons une corde pour remplacer. .. pendant 3 jours et 3 nuits, nous tournons en rond en Normandie. Un soir, la radio annonce que le Maréchal Pétain demande l’armistice..... Nos officiers donnaient l’impression de ne plus savoir où nous mener."

Le 19 juin 1940, comme de nombreux soldats français, Philippe Delorme est fait prisonnier :

"A un moment, nous tombons sur une troupe ennemie qui barre la route en nous mettant en joue. Des chars ennemis sont là à proximité. Nous stoppons et sans résistance, nous sommes fait prisonniers à Bazouges la Pérouse : c’est le 19 juin 1940. Le moindre geste hostile de notre part risquait de déclencher un massacre.

Les Allemands nous désarment, cassent nos fusils, poussent nos véhicules dans les fossés et, en colonne, nous conduisent dans un pré. Là, nous devons déposer tout ce qui pourrait servir d’armes même légères : couteau, fourchette, etc. Je me souviens qu’ayant machinalement ramassé une fourchette qui traînait par terre, j’ai été interpellé vigoureusement par un gradé. Je n’ai pas insisté. Je crois qu’on a dû nous laisser aller chercher de l’eau par équipe pour nous permettre de boire. Entre temps, deux mitrailleuses étaient postées au coin du pré pour dissuader toute tentative de prendre la large. Nous avons passé la nuit là ayant interdiction de nous lever, même pour satisfaire nos besoins...."

De 1940 à 1941, il connaît la captivité au camp D’ALANCON. Au lever du jour, nous avons eu l’autorisation de nous mettre debout. Puis on nous a informés que nous allions être emmenés à Alençon, ce qui effectivement a eu lieu dans la matinée, transportés par camion. A Alençon, nous étions dans une caserne de cavalerie dans les écuries, nous avions pris la place des chevaux. Plus le temps passait, plus les effectifs grossissaient.

Au bout de deux à trois jours, nous devions être de 8 à 10000 de toutes armes. Les officiers étaient mis dans un bâtiment à part. Le ravitaillement posait problème. Les premiers jours, on a vécu de biscuits de guerre et du peu qui restait dans les musettes. Puis, petit à petit, se sont installées des cuisines roulantes récupérées, Mais pour la soupe, il ne fallait pas être trop pressé, 1 à 2 heures d’attente avec un peu de chance et après avoir trouvé une boite pour servir de récipient... Les prisonniers sont requisitionnés pour les moissons autour d’Alençon. On leur promet la démobilisation et la libération. Mais fin 1940, ils sont toujours sous étroite surveillance au camp.

Finalement en janvier 1941 :

"Nous recevons ordre de faire notre maigre baluchon en vue de partir vers une destination inconnue : nous embarquons dans les wagons et bientôt nous avons la certitude de rouler vers l’Est. Enfin, nous arrivons au terme du voyage et nous débarquons plus loin que Vienne en Autriche à Kaisersteinbruch, un camp dont le nom signifie " les carrières du roi ".

(JPEG)
Au camp de Kaisersteinbruch

Le camp de Kaiser servait de lieu de triage depuis des mois et des mois. Combien étions nous là, 10000, 20000 ?... J’y suis resté à peu près une quinzaine de jours, le temps d’être immatriculé. Mon numéro 116317, inscrit sur une plaque à porter au cou, donne une idée du nombre d’hommes qui passaient là.

(JPEG)
Philippe Delorme et quelques camarades prisonniers

Au bout de deux à trois semaines, le bruit se répandit que nous allions partir au travail en kommando. Effectivement, nous reprenions le train, lestés d’un morceau de pain et de fromage mi-cuit. Consigne était donnée de ne pas manger de suite ce casse-croûte ce qui laissait penser à un voyage peut-être long. Puis, en cours de route, le bruit courut que nous allions dans le Tyrol.

C’est alors,le kommando de Rankweil à une quarantaine de kilomètres de là, au dessus de Bludenz, dans les montagnes de la Silvretta à 2000m m d’altitude.

"Il y avait là un grand chantier ; il se construisait un important barrage destiné à capter les eaux qui s’écoulaient des glaciers environnants en vue d’installer une grande centrale électrique au bas dans la vallée. " Après avoir tenté de s’évader avec un camarade, Philippe Delorme passe six mois en Kommando disciplinaire près de Salzbourg, puis il est désigné pour aller travailler dans une ferme de la région."

Le retour à Mornant a lieu le 25 Mai 1945.

Mémoire-net © 1998



 

Autour de Lyon
La Seconde Guerre en Rhône-Alpes
Givors 1944
Les combats du Pont Rompu - Août 1944
La Première Armée Française à Mornant ( Rhône)
A Saint-Galmier, les 2 et 3 septembre 1944
Le bombardement de Saint-Etienne
Témoignages
Résistance intérieure
Militaires
Les camps, la déportation
Autres témoignages
Inclassable
Leçons de mémoire(s)
Voyage de la mémoire à Auschwitz
Les étrangers dans la résistance
En République Tchèque
Le camp de Stutthof en Pologne
Le Concours National de la Résistance et de la Déportation
Autour de "La Vie est belle"
Témoins en classe
Autour de la Seconde guerre mondiale
Mémoires
Déportation et camps
Les Tsiganes
Résistances
Les lois françaises
La vie quotidienne pendant la guerre
Divers
  Ils chantaient sous les balles...
  Contacts


]

.François Garbit
.Le Général Magendie
.Richard Arnold Stimm
.Le commandant Mary-Basset
.Mon ami le goumier
.Louis Gentil
...Retour à la rubrique

 

 


Déclaration C.N.I.L N°759239
en application de l'article 16 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés