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Gabriel Veniat, secouriste de la Croix Rouge
Gabriel Veniat, secouriste de la Croix Rouge
 


Un train de déportés en gare de Chasse

 
 

jeudi 20 mars 2003 par Evelyne Marsura Gabriel Veniat

A l’été 1944, un train s’arrête en gare de Chasse. L’équipe de la Croix-Rouge de Lyon est sur le quai et les prisonniers sont ravitaillés sous la surveillance étroite de leurs gardiens nazis.

Nous partîmes en fin d’après-midi de la place Antonin Poncet pour le ravitaillement d’un train en gare de Chasse-sur-Rhône. Nous embarquâmes dans des camions Dodge de la section ambulancière de la Croix-Rouge.

Avant le départ, nous fûmes mis en condition : ne pas avoir l’air de dissimuler quelque chose, faire des gestes larges et facilement identifiables afin de ne pas attirer la suspicion des Allemands qui convoyaient le train.

Le long de la route, et à proximité de Chasse-sur-Rhône, nous avons remarqué la présence de mitrailleuses en batterie. Nous avons attendu quelques minutes à la gare puis nous avons vu arriver un convoi tout illuminé par des projecteurs. Des sentinelles SS étaient sur les marchepieds et sur le toit des wagons. Le train se composait de wagons de voyageurs et wagons à bestiaux.

Un officier SS nous a autorisés à ravitailler les occupants des wagons voyageurs. Distribution de soupe dans des assiettes en aluminium, pendant ce temps nous étions encadrés par un sous-officier et deux soldats armés qui nous suivaient de près et qui nous disaient en mauvais français « Pas de discours, dépêchez-vous ». A la fin de cette distribution, certains d’entre nous furent fouillés et tous les récipients en aluminium furent examinés pour voir si rien n’avait été gravé sur le fond.

Un message verbal au moins est passé : un des prisonniers ayant repéré notre boucle de ceinturon scout avec la croix potencée nous pria de transmettre au PC des scouts de France ses salutations de la part du commissaire de la Province du Languedoc. Nous le fîmes aussitôt.
Pour les autres wagons, nous avions, malgré les requêtes des responsables Croix-Rouge, interdiction formelle de les approcher sous peine de nous faire tirer dessus par les sentinelles SS à l’air fort peu engageant. Les malheureux enfermés nous criaient des noms et des adresses qu’il était impossible de noter ou de retenir .

Par la suite, plus tard, bien plus tard, nous avons su quel avait été le sort réservé à ces pauvres gens.

Témoignage de Gabriel Veniat, © mars 2003


Nous avons cherché à identifier la date de ce train. Plusieurs convois sont partis de Toulouse à l’été 1944.

1. Une piste était celle du commissaire de la Province du Languedoc. Malgré l’aide efficace du Mémorial des scouts morts pour la France, il n’a pas été possible de mettre un nom et une date sur cette rencontre en gare de Chasse. Les archives centrales des scouts de France sont restées muettes.

2. Mademoiselle Godinot, infirmière de la Croix-Rouge, qui a aussi participé au ravitaillement en gare de Chasse, se souvenait très bien de certains prisonniers. Elle affirme qu’un « ministre » de la IIIe République, Albert Sarrault, était dans ce train ainsi que des « évêques ».

Dans son « enquête sur les évêques emprisonnés en 1944 », Emmanuel de Chambost retrouvait des arrestations à Toulouse signalées par Jacques Duquesne, « Les catholiques sous l’occupation », p.343 : « En effet, le même jour, à neuf heures du matin, Mgr Saliège, archevêque de Toulouse , reçoit la visite de policiers de la Gestapo venus pour l’arrêter. Constatant qu’il s’agit d’un grand infirme, ils repartent sans lui. Le 9 Juin, encore, ils arrêtent Mgr Bruno de Solages, le recteur de l’Institut catholique de Toulouse, ainsi que trois de ses professeurs, Mgr Carrière, l’abbé Decahors et le chanoine Salvat. Ils sont amenés à Compiègne en compagnie d’une autre personnalité toulousaine, Albert Sarraut, puis envoyés en Allemagne au camp de Neuengamme. »

« Le livre-mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression et dans certains cas par mesure de persécution - 1940-1945 », publié récemment par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation confirme que dans le convoi I.247 qui quitte Compiègne le 15 juillet 1944 pour le camp de Neuengamme où il arrive le 18 juillet, il y a parmi plus de 1500 hommes 326 « personnalités-otages » que les nazis nommaient Prominenten. Pour la plupart, il s’agissait d’hommes politiques ( Albert Sarrault, ancien Président du Conseil), d’officiers, de fonctionnaires, d’ecclésiastiques, d’industriels, de médecins... arrêtés dans les jours qui suivent le débarquement allié et destinés à servir éventuellement de « monnaie d’échange ». A l’arrivée à Neuengamme, ils sont isolés dans deux blocks particuliers et bénéficient d’un régime plus clément. Le 12 avril 1945, ces "Prominenten » sont évacués vers Terezin puis Brezani où ils sont libérés.
Parmi la liste du convoi I.247 :
CARRIERE Zéphirin. Mat Neuengamme 36211 - Classé personnalité-otage.
DECAHORS Jean. Mat Neuengamme 36227 - Classé personnalité-otage.
DE SOLAGES Bruno. Mat Neuengamme 362435 - Classé personnalité-otage
SALVAT Joseph - Mat Neuengamme 36228- Classé personnalité-otage

Mademoiselle Godinot avait donc la mémoire fidèle malgré ses 92 ans !
Alors que divers rapports de la Croix-Rouge montrent que souvent les Allemands s’étaient opposés au ravitaillement des trains de déportés, cette fois-ci, ils avaient organisé eux-mêmes le ravitaillement de certains des wagons de ce train bien gardé, dans une gare tranquille au sud de Lyon. Fin juin vraisemblablement, ce train emmenait donc vers Compiègne quelques otages du Sud-Ouest de la France.

3. Luc de Coligny a mis fin au mystère en ce début de novembre 2004 : En feuilletant une revue scoute de la région du Languedoc de 1945, je lis " après une absence de plus de onze mois, je suis rentré de captivité le samedi 19 mai (1945)..." Signé, Jules Contensou, commissaire de province du haut Languedoc.

Effectivement, le LMD signale la déportation de Jules Contensou, comme Personnalité-Otage, au camp de Neuengamme dans le convoi I.247.

(JPEG)
Le nom de Jules Contensou sur l’un des feuillets

4. Dans son numéro de mars 2005 du Patriote-Résistant, la FNDIRP consacre un article aux feuillets retrouvés par hasard à Neuengamme et publie deux photographies de ces feuillets : Sur la liste le nom de Jules Contensou. Nous avons écrit à la FNDIRP et au Mémorial de Neuengamme afin afin d’en savoir un peu plus au sujet de ces feuillets.


Mes plus chaleureux remerciements à Luc de Coligny et Patrice Pruniaux qui ont permis de compléter cette page.



 

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