Plan - Autour de Lyon - Leçons de memoire - Nos liens - Contact et Copyright
 
Guy Dolmaire
Guy Dolmaire
 


Un Vosgien à Auschwitz 

 
 

lundi 11 juillet 2005 par Marcel DOLMAIRE

A travers l’histoire du convoi dit "des déportés tatoués", on sait désormais qu’il y a eu des français non juifs tatoués à Auschwitz et ses kommandos. On connaît beaucoup moins le destin de ces Vosgiens, arrêtés et déportés à l’automne 1944. Internés à Schirmeck, déportés à Dachau et de là à Auschwitz fin novembre 1944, alors que commençait pourtant déjà le repli en Pologne et qu’une grande partie de la France goûtait à la liberté.

Mille Français, Vosgiens pour la plupart, furent ainsi déportés à l’est dans les derniers mois de l’année 1944 , parmi eux les quatre-vingt de Blechhammer dont Guy et Marcel Dolmaire.

La fin fut terrible et Guy ne revint pas.

Voici l’hommage de son frère prononcé en 1989 lors des cérémonies donnant le nom de Guy DOLMAIRE au Collège de MIRECOURT.

(GIF)

Qui était Guy DOLMAIRE ?

Il était né le 16 juillet 1927 à Trêves , en Allemagne , où son père , vosgien de Bruyères, était lieutenant au 19°Bataillon de Chasseurs à pied pendant l’occupation de l’Allemagne qui a suivi la victoire de 1918.

Cette naissance a peut-être marqué son destin .

En effet, son parrain ne pouvant se rendre au baptême, c’est le Commandant du 19° BCP, qui a estimé que son devoir était de le remplacer. Cet homme de devoir portait un nom appelé à devenir célèbre , puisqu’il s’agissait du Commandant Charles de Gaulle .

Puis c’est la vie d’un petit garçon et d’un adolescent qui suit ses parents dont le père est officier : après Trêves , c’est Selestat , puis Stasbourg , et en 1939 des vacances à Hymont chez nos cousins Amet.

Mais le 3 septembre 1939 c’est la guerre , Strasbourg est évacuée et nous ne pouvons pas y retourner .

Notre père prend son poste sur la ligne Maginot où il sera fait prisonnier pour cinq ans, cependant que notre mère s’installe à Mirecourt où nous entrons au Collège .

Guy Dolmaire est reçu à son premier baccalauréat au début de juin 1944 .

Le Maquis de Grandrupt

A 17 ans il est parti avec 11 autres camarades dont Jean CABLÊ , Georges SIMON , André PIROUÉ , Jean-Pierre GOUZY , Maurice SIMON , Pierre BOUDOURESQUES, cousin de François KOLB , Gérard PIERRE, pour la plupart issus de la troupe scoute clandestine qui avait été créée en 1941 à Mirecourt sous le nom de « Cadets de « l’Effort » ( la société de gymnastique paroissiale ) dans le maquis de Grandrupt qui avait été constitué lorsqu’un message venu de Londres avait annoncé que « L’impératrice a des cors aux pieds ».

Malheureusement le maquis de Grandrupt dû se rendre le 7 septembre 1944 après un combat inégal contre d’importantes forces allemandes bien entraînées , et qui détenaient en otages les habitants de Grandrupt , Vioménil , et Hennezel , soit environ 700 personnes qui étaient les mères , les pères , les soeurs, les femmes et les enfants de la plus grande partie des hommes qui constituaient le maquis .

216 hommes furent faits « prisonniers » dont 116 mourront dans les camps de concentration.

D’Epinal à Dachau

Pour Guy DOLMAIRE , comme pour ses camarades , c’est d’abord la prison de la Vierge à Epinal , puis les camps de Schirmeck , Gaggenau de l’autre côté du Rhin, Niderbuhl , où des déportés vosgiens de Moussey nous rejoignent , et au début d’octobre , c’est le départ vers Dachau avec au total 1200 autres vosgiens originaires pour une bonne part des vallées vosgiennes où tous les hommes avaient été arrêtés . Jusque là nous ne voulions pas croire ce que l’on nous racontait sur les camps . Dachau a commencé à être dur , mais tout le monde tenait , à cette époque . Puis début décembre c’est le départ vers l’est et l’inconnu .

Auschwitz - Blechhammer

Guy DOLMAIRE arrive avec 1000 vosgiens dont Jean-Pierre Gouzy et Maurice Simon sortis eux-aussi du Collège de Mirecourt et qui ne reviendront pas , à Auschwitz, d’où il repart rapidement pour le Commando de travail de Blechhammer , à une trentaine de km à l’ouest de Gleiwitz où se fabriquait de l’essence synthétique à partir du charbon des mines de Silésie proches.

Il faisait froid , nous avions faim , nous étions 80 majoritairement vosgiens au milieu de 3.500 juifs , polonais pour la plupart , tout étonnés de nous voir arriver , et qui nous accueillent sympathiquement .

« La marche de la mort »

Puis le 20 janvier 1945 , devant le succès de l’offensive russe , le camp reçoit l’ordre d’évacuation , et le calvaire commence , calvaire connu sous le nom de « les marches de la mort » de l’évacuation d’Auschwitz et de ses commandos .

En quatorze jours de marche jusqu’à l’arrivée au camp de Grossrosen , au sud-ouest de la ville de Breslau ( aujourd’hui Wroclaw en Pologne ), mille cinq cents juifs mourront , et cinquante vosgiens sur les 70 qui étaient partis , presque tous achevés d’une rafale de mitraillette quand ils ne pouvaient ou ne voulaient plus repartir . Comment en être arrivé là ? La marche épuisante d’abord en ne mangeant que rarement , et le plus souvent des betteraves fourragères volées sur le bord de la route au péril de la vie car les SS tiraient pour un oui ou un non, bien que nos SS n’eussent pas été en général les fiers gaillards que l’on montre habituellement et qui étaient au front.

Le froid ensuite et la fatigue de la marche à jeun avec les batailles de tous les soirs afin de trouver un coin pour dormir sans se faire voler( les couvertures , les chaussures , un morceau de pain si l’on en avait encore un ). Seuls résistaient les plus costauds , et ceux qui pouvaient compter sur leurs camarades Mais les Vosgiens étaient bien peu nombreux pour cette lutte pour la vie . La maladie s’en était mêlée car Guy Dolmaire était sans doute atteint de broncho-pneumonie sans parler de la dysenterie de misère qui achevait les hommes Et puis il fallait garder le moral .

Grossrosen : l’issue fatale

Guy Dolmaire avait 17 ans et ses forces l’ont trahi . Il a tenu quatorze jours jusqu’au camp de Grossrosen alors que nous n’avions reçu que six fois de la nourriture , puis , épuisé, le moral a lâché , et , le 5 ou le 6 février il a refusé d’aller à l’appel . Cet appel diabolique qui avait lieu trois fois par jour parce que nos gardiens éprouvaient le besoin de nous compter interminablement dans le froid , le vent , et bientôt la boue du dégel polonais, cette boue collante et profonde dans laquelle beaucoup sont morts et dont Napoléon disait que c’était le cinquième élément. Comme il ne voulait pas se lever les SS arrivent et le frappent sauvagement pour qu’il se lève mais il me dit : « Je ne peux plus, je ne veux plus, j’ai trop souffert, je veux mourir, le Bon Dieu aura pitié de moi . »

Les SS frappent également Maltempi de Moussey et moi qui voulons l’aider , sans succès, et nous devons partir à l’appel , impuissants .

Guy DOLMAIRE sera toutefois emmené à « l’infirmerie » , une baraque avec de la paille souillée par la dysenterie des dizaines de malheureux épuisés et hagards qui y agonisent , soignés seulement par des arrosages à l’eau froide.

Sans savoir ni pourquoi ni comment nous le reverrons une dernière fois le lendemain .

Là s’arrête l’histoire terrestre d’un garçon de 17 ans , résistant , mais pour les Allemands sans doute mort comme juif avec lesquels il est resté solidaire , et qui aurait aimé vivre . Les vosgiens survivants arriveront au camp de Flossenbürg huit jours plus tard . Il n’en restait plus que 7 ou 8 qui ne seront plus que 3 ou 4 lorsque les troupes du général Patton les libèreront le 23 avril .

Alors pourquoi ?

Guy DOLMAIRE n’était pas obligé de partir dans le maquis le 27 août 1944 alors que Paris avait été libéré le 25 août. Mais il ne voulait pas attendre sans rien faire , parce qu’il estimait que :

la liberté ça se conquiert ,
l’honneur de vivre ça se mérite ,
la France vaut que l’on se batte pour son honneur .

En 1940 , nous les jeunes, nous avions durement ressenti la défaite de notre pays , puis l’occupation par l’ennemi , et la privation des libertés :

-  la défaite nous était tombée dessus comme le ciel sur la tête des gaulois , et notre père , l’un de ceux qui avaient gagné la première guerre mondiale était prisonnier ; on ne pouvait lui écrire que sur des cartes spéciales où l’on ne pouvait rien dire ,
-  des uniformes étrangers faisaient la loi chez nous ,
-  on voulait nous contraindre à adhérer à des idées contraires au génie français .

Nous avions vu la puissance allemande, et nous avions le sentiment que la France avait perdu la guerre parce qu’elle était économiquement dépassée par l’Allemagne , et que nos disputes et nos aveuglements nous avaient empêché d’être assez forts pour prévenir la guerre .

Il fallait donc faire quelque chose . Quoi ?

-  d’abord des études car , comme nous le disait sans pitié Monsieur Dupin , le directeur du Collège : « Après la guerre on ne vous demandera pas si vous l’avez faite, mais si vous avez fait des études et obtenu des diplômes »
-  ensuite se maintenir en forme physique et morale , ce que nous trouvions dans le scoutisme qui était ce qu’il y avait de mieux à cet effet ,
-  enfin attendre le moment favorable pour aller se battre .

C’est cela qu’il faut retenir : Guy DOLMAIRE n’a pas voulu la guerre , il n’a pas aimé la guerre , elle s’est imposée à lui parce qu’il voulait la liberté et une France forte et libre .

Il a de ce fait voulu participer à la reconquête de son pays , et faire son devoir de Français, devoir non obligatoire , mais devoir moral qu’il a jugé impératif.

Guy DOLMAIRE est mort à 17 ans parce qu’il a estimé de son devoir de se battre pour avoir le droit de vivre libre .

Allocution prononcée par Marcel DOLMAIRE le 18 septembre 1989, lors des cérémonies donnant le nom de Guy DOLMAIRE au Collège de MIRECOURT



A lire, à visiter :

Marcel DEJEAN, Avoir vingt ans dans les camps nazis. Des Vosges à Flossenbürg, par Dachau, Auschwitz et autres . Edts Mémoires d’Hommes . ISBN 2-84367-014-4



 

Autour de Lyon
La Seconde Guerre en Rhône-Alpes
Givors 1944
Les combats du Pont Rompu - Août 1944
La Première Armée Française à Mornant ( Rhône)
A Saint-Galmier, les 2 et 3 septembre 1944
Le bombardement de Saint-Etienne
Témoignages
Résistance intérieure
Militaires
Les camps, la déportation
Autres témoignages
Inclassable
Leçons de mémoire(s)
Voyage de la mémoire à Auschwitz
Les étrangers dans la résistance
En République Tchèque
Le camp de Stutthof en Pologne
Le Concours National de la Résistance et de la Déportation
Autour de "La Vie est belle"
Témoins en classe
Autour de la Seconde guerre mondiale
Mémoires
Déportation et camps
Les Tsiganes
Résistances
Les lois françaises
La vie quotidienne pendant la guerre
Divers
  Ils chantaient sous les balles...
  Contacts


]

.Andrée Rivière-Paysan
.Henri Wolff
.Benjamin Orenstein
.Christine Stimm
.Tola, Karol et les enfants
.Yseult Saunier
.Edouard Bontoux
.Jean Nallit
.Jean Mansching
.Jacques Henriet
.Georges Tassani
.Mère Marie Elisabeth de l’Eucharistie
.Lydia Mrowiec
...Retour à la rubrique

 

 


Déclaration C.N.I.L N°759239
en application de l'article 16 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés