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Jean Chalavon
Jean Chalavon
 



 
 

mercredi 18 février 2004 par Evelyne Marsura

Monsieur Chalavon est né le 4 avril 1921. En 1940, " Charles " a donc 19 ans. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il connaît d’abord les " Chantiers de Jeunesse " dans le sud de la France.

A Sainte-Sigolène, ses amis s’appellent Jean Fayard, Louis Guillaumond.... L’esprit de résistance semble tout naturel à St-Sigolène dès l’annonce de l’armistice : " On n’a pas fait grand chose, on a caché quelques personnes, on a distribué quelques journaux, mais c’était plutôt une résistance morale. On était dans un pays calme, mais on a pensé à la résistance presque toujours " Pour les jeunes de St-Sigolène, la débâcle ne peut pas être la fin. "On s’est dit : c’est bien, il faut bien remettre le pays sur de bons rails, mais comme on est occupé, le premier devoir c’est de lutter contre l’occupant. Voilà notre réflexion est partie de là. Aucun du groupe de St- Sigolène par exemple n’était poursuivi, réfractaire au STO. Le maquis, ce n’était pas une obligation. "

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GMO " Bir-Hakeim "

Quand le groupe " Roger ", qui devient plus tard le GMO " Bir-Hakeim " est formé à St-Sigolène, les jeunes de St-Sigolène, déjà structurés autour de leur chef Jean Fayard dit " Roger ", s’engagent dans la lutte armée. En cet été 1944, les Allemands remontent du Sud par le Puy. Il faut leur couper la route. Ce sont alors les batailles de Pont-de-Lignon, d’Usson et surtout d’Estivareilles que Monsieur Chalavon raconte en minimisant son propre rôle : "comme je m’étais fait une entorse, je gardais le village".

Puis, le groupe de la Loire poursuit les Allemands et Jean Chalavon se retrouve fin août 1944 dans la région de Mornant et Givors. Venu par Veauche, Chazelle, St Martin en haut, Mornant, le GMO Bir Hakeim prend position à Chassagny, le long de la départementale Rive-de-Gier Brignais qui est devenue un axe important tant pour les Allemands qui rejoignent le nord que pour les F.F.L. qui ont percé en Provence. Il participe alors aux combats du Pont Rompu et à l’entrée dans Givors. C’est aussi les difficiles combats des Sept-Chemins près de Brignais.

Enfin, le matin du 3 septembre, à St-Genis-Laval, le GMO est dépassé par les premiers éléments des F.F.L. L’entrée dans Lyon approche par le Pont de l’Homme de la Roche, le seul pont encore utilisable, et la rive de la Saône. C’est alors la fierté de l’objectif atteint : " la consigne de l’A.S. de la Loire était de couper la retraite aux allemands en nous unissant avec le Vercors à Lyon. On l’a fait. On a défilé Place Bellecour avec ceux du Vercors. "

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Défilé Place Bellecour.3 septembre 1944. Photo A.Correia

Aujourd’hui, Monsieur Chalavon est toujours un Sigolénois dynamique que ce soit dans l’animation de l’écomusée " La Fabrique ", à travers l’association " Histoire de Sainte-Sigolène " ou lors des commémorations liées à la résistance. Il raconte avec une mémoire fidèle les événements qui ont marqué sa jeunesse et sa voix cache mal son émotion quand il évoque ses amis morts trop jeunes pour la France. Jean Fayard et Louis Guillaumond sont restés dans son cour, deux amis " tombés à la fleur de l’âge dans les combats du maquis sans pouvoir goûter aux joies de la victoire ", " deux frères d’armes " dont il admire toujours 54 ans après le courage, la droiture et la loyauté.

" Ne parlez pas de moi ", demande-t-il avec cette pudeur qui caractérise souvent les grands résistants.

Nous allons parler de vous tous, parce que vous êtes restés fidèles à vos combats de jeunesse et à vos idéaux, parce que la solidarité et l’amitié à Sainte-Sigolène sont deux mots concrets, parce que des hommes comme vous doivent rester les relais du message qui a fait se lever la résistance et qu’ils doivent être des exemples pour les jeunes qui vous écoutent.

Et nous parlerons aussi de vos "combats" actuels : l’histoire de Sainte-Sigolène, la mémoire de ses enfants tombés pour la liberté et "La Fabrique" que vous faites visiter avec passion...


A Sainte-Sigolène... en 1944-1945

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Place de l’hôtel de ville. Sainte-Sigolène
Sainte-Sigolène est un charmant bourg situé près de Monistrol sur Loire, non loin de la nationale Saint-Etienne - Le Puy.

Etions-nous au courant de la vaste offensive qui commençait le 6 juin 1944 ?... Les nouvelles arrivaient très difficilement et étaient souvent contradictoires. Il était défendu d’écouter "Londres" à la radio. Pourtant on se branchait bien, quelquefois, à son écoute...

En cette période, vu les circonstances, on pensait encore plus fort à ceux qui se trouvaient dans les Camps de Prisonniers et aux Déportés du Travail. Pour ne point les oublier, la photo de chacun d’entre eux était épinglée dans une salle de la mairie.

Et cette opération du débarquement allait annoncer la Libération, l’arrivée de ces combattants, Prisonniers de Guerre, de ces ouvriers déportés. Nous nous souvenons de ces retours attendus... A chaque car de Saint-Etienne, il y avait l’interminable attente entre les premiers et les derniers rapatriés. Ceux-ci se trouvaient dans les camps du secteur libéré par l’Armée Rouge, tel Claudius CHEZE, arrivé fin août pour la vogue.

Mais, on ne restait pas inactif... La Résistance s’organisait. Le premier contact avec les Forces Françaises de l’Intérieur fut établi par Jean FAYARD, dit Roger, dès 1942. Avec son ami Louis GUILLAUMOND, dit Gustave, ils organisaient leur groupe dès 1943. Et ce groupe Sigolénois allait, tout naturellement, se souder avec ceux de la Loire. C’était, en effet, à Saint-Etienne que les premiers contacts avaient eu lieu. Le groupe faisait partie de "l’Armée Secrète" dirigée par le commandant MAREY, un ancien élève officier de l’école Saint-Maixent, major de sa promotion et natif de "Merle" petite bourgade du canton de St-Bonnet-le-Château. Dans cette région, le groupe allait se couvrir de gloire, épaulé par le Capitaine CUSSET dit François. Les 12 premiers Sigolénois - 12, chiffre réglementaire - allaient faire partie du bataillon "Sambre et Meuse" ; le groupe Sigolénois auquel se joindront d’autres volontaires (une vingtaine) s’appellera "le Groupe BIR HAKEIM".

Et si le coeur Sigolénois continuait à battre pour les 93 enfants "P.G." ou jeunes déportés... il allait suivre les péripéties dangereuses de ceux que l’on a appelé "les Soldats de l’Ombre". Nous ne pouvons citer ici, toutes les actions de cette lutte de nos compatriotes engagés sous la bannière de la Résistance. Que l’on nous permette de signaler, cependant, l’attaque en gare de Pont-de-Lignon, d’un train transportant des militaires Allemands. C’était le 17 juillet 1944. Commandés par le Lieutenant JAMET - blessé pendant l’action - ces soldats volontaires arrêtèrent 40 soldats Allemands qui furent tués ou faits prisonniers. Le train sauta dans le tunnel permettant la prise de nombreuses armes, de papiers et de cartes. Ce fait d’armes eut un grand retentissement.

Un parachutage d’armes par les Anglais permit coups de mains et accrochages, dans la région d’Usson-en-Forez, en août 1944, peu avant la bataille d’Estivareilles du 21 août, qui fut un des grands combats de la Résistance armée devant un adversaire nettement supérieur, en armes et en hommes. C’est lors de cette bataille que le premier Sigolénois, l’organisateur suprême de la troupe Sigolénoise, Jean FAYARD fut tué d’un éclat de mortier dans le dos. Ce premier héros de la Résistance eut de grandioses funérailles dans sa ville natale, à Sainte-Sigolène. Il y eut bien d’autres "Morts pour la France" et aussi des blessés, dont nos compatriotes : Joseph DURIEU dit Durand, Jean FOURNEL dit Tintin.

Le 31 août, l’autre initiateur du groupe : Louis GUILLAUMOND est fait prisonnier en assurant une liaison, en moto, à Pont Rompu (dans le Rhône). Il sera lâchement tué, et son cadavre trouvé sous un buisson, au bord de la route. Le 13 septembre, il sera inhumé à Ste-Sigolène. Signalons un autre fait peu connu et tout à l’honneur de nos compatriotes Sigolénois. Lors de la venue à Grenoble du Général De Gaulle, c’est ce groupe qui assura sa protection, près de la maison de son frère où le Général se rendait et séjournait.

Une difficile et douloureuse période que l’on ne voudrait pas revivre, où, malgré les difficultés de tous genres, on a accompli son devoir.

Et, en mai 1945, ce sera l’euphorie... On se réunit, par quartiers, sans distinction aucune. On célèbre cette fin du cauchemar. On sort les bonnes bouteilles bien "cachées" et destinées, de tout temps, à ces journées de liesse, que chacun attendait, car chacun savait qu’elles finiraient par arriver... Et oui, "on danse chez Raymond". On n’a pas oublié cette période. C’était la Victoire... et commençait alors l’attente des retrouvailles avec ceux partis depuis de nombreuses années... Cinq ans d’exil c’est difficile à oublier pour ne pas dire "impossible".

C’était il y a eu cinquante ans...

Jean Chalavon, Sainte-Sigolène,Hier, aujourd’hui N°1 1995



 

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