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Témoignage de Jeannine BERGER (née BOUILHOL)
Témoignage de Jeannine BERGER (née BOUILHOL)
 



 
 

dimanche 15 mai 2005 par Marc Swanson

J’avais 12 ans lors du bombardement de St Etienne. J’étais scolarisée à l’école de St Ennemond rue Soleysel. Pour des raisons de sécurité, notre classe, dont l’institutrice était Mme Fargeot, a été transférée à l’école de Tardy. Nous étions installées dans un vestiaire transformé en salle de classe (actuellement au-dessus de la statue érigée à la mémoire des élèves décédés).

Le 26 mai, nous préparions une composition française lorsque l’alerte a sonné. Malgré les réticences de notre maîtresse (étant donné qu’il y avait beaucoup de fausses alertes) Mme la Directrice nous a donné l’ordre de descendre dans les sous-sols. Après un certain laps de temps Mme Fargeot est allée se renseigner, lorsqu’elle est revenue elle était livide. Nous avons compris alors que la situation était grave. La lumière s’est éteinte brusquement ; dans un grand souffle la porte de notre abri a été projetée. Le temps de réaliser, à ma droite il y avait un énorme trou d’où l’on apercevait une partie de la cour de l’école, deux filles avaient disparues. A ma gauche, je donnais le bras à ma meilleure amie, Jacqueline André, qui saignait beaucoup de la tête. Il s’en suivit une grande panique avec des pleurs, des cris, dont je me souviens encore avec beaucoup d’émotion. Une maman d’élève qui se trouvait parmi nous a distribué les cerises qu’elle avait achetées au marché (ce sont les meilleurs fruits que nous ayons mangés dans notre vie). Quant à maman elle m’a dit plus tard qu’on l’avait empêchée d’entrer étant donné que soi-disant nous étions tous morts. Soudain à ma grande surprise est apparu mon oncle François Pradat (ancien prisonnier de guerre) qui m’a emmenée immédiatement, je me suis cramponnée à son cou, je fermais les yeux pour ne rien voir (mes camarades ont été libérées plus tard).

Arrivée à la maison, j’ai déploré l’absence de mon père. Avec maman on nous a conduites à la Bourse du Travail, étant donné que j’avais un oncle régisseur. Complètement désemparée je cherchais mon papa parmi les communiantes étendues côte à côte sur le sol, une infirmière leur lavait le visage avec une éponge. Mon père a été retrouvé dans un dispensaire, lui aussi traumatisé, il se trouvait dans le quartier du Soleil et s’était mis à l’abri dans une cave dont il est sorti, avec d’autres personnes grâce à des pelles et des pioches qui se trouvaient dans l’abri. A la veillée, mes parents ont voulu voir les dégâts causés par le bombardement dans le quartier de Tardy. Je me souviens qu’on enjambait des gravats, mais tremblante, je me laissais guider sans regarder. Le lendemain je suis partie à la campagne terminer mon année scolaire.

Malgré ce jour néfaste nous avons eu de bons moments, à la cantine nous dégustions le hachis Parmentier préparé par Mme Rochetin, puis les courts instants passés dans la cour de l’école en attendant l’heure de la rentrée. Les garçons nous lançaient des ballons et nous tombions comme si nous avions été touchées, jeu auquel nous n’aurions jamais joué si nous avions su !...

Une anecdote : La veille, nous étions à la fenêtre de notre maison et ma mère a dit : c’est drôle les hirondelles volent très bas pourtant j’ai peine à croire qu’il pleuvra demain...( en effet il a fait un temps magnifique). Les oiseaux seraient-ils plus perspicaces que nous ?



 

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