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Un monument pour les Tsiganes à Berlin
Un monument pour les Tsiganes à Berlin
 



 
 

dimanche 30 janvier 2005 par Nicole Mullier

Une cérémonie a eu lieu à Berlin, le 16 mai 2004, pour rappeler le soixantième anniversaire de l’insurrection des Sinti et Roma au camp d’Auschwitz-Birkenau, le 16 mai 1944.

Les Tsiganes en Allemagne sous la République de Weimar

Les Tsiganes tombent sous le coup d’une loi du 16 juillet 1926, destinée à combattre les Tsiganes, vagabonds et autres réfractaires au travail. Obligés de se faire enregistrer, dès 1929, ils risquent le travail forcé pendant deux ans, s’ils sont inactifs.

La « solution de la question tsigane » en Allemagne sous le National-Socialisme

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Entre juillet et novembre 1933, des Tsiganes sont stérilisés, d’autres envoyés dans des camps de concentration comme asociaux. Ils portent le triangle noir, symbole des asociaux ou vert, symbole des criminels, parfois marqué de la lettre Z pour Zigeuner.
En 1935, les lois raciales de Nuremberg, pour la protection du sang allemand, ne les mentionnent pas, mais leur sont applicables : ils sont inclus avec les juifs et les noirs, comme minorités raciales au sang étranger, les mariages mixtes leur sont interdits, et ils sont privés de leurs droits civiques.
Pendant les jeux olympiques de 1936, ils sont enfermés dans un camp dans la banlieue de Berlin. [1]
Par la suite d’autres camps de regroupement de Tsiganes sont créés dans diverses villes. Certains sont envoyés à Buchenwald, Dachau, Sachsenhausen, et Lichtenburg.

L’arrêté d’Himmler du 8 décembre 1938 définit le Tsigane comme « un ennemi biologique, de race étrangère et de sang étranger » . [2]
L’arrêté d’Himmler du 17 octobre 1939, ordonne l’internement des Tsiganes, ceci pour préparer leur déportation. Au printemps 1940, plusieurs trains de déportation transportent des familles entières venant des régions de Hambourg, Cologne, Stuttgart, vers le Gouvernement général de Pologne, des camps de travail, des ghettos, c’est à dire vers la mort.
A l’automne 1941, ordre d’Himmler de déporter dans le ghetto de Lodz, 5000 Sinti et Roma d’Autriche, des enfants et des adolescents. Le responsable du transport des Tsiganes est Adolf Eichmann. Après une épidémie de typhus, les survivants sont déportés et gazés au camp d’extermination de Chelmno en janvier 1942.
Depuis 1941, les Einsatzgruppen assassinent, en arrière du front, les Tsiganes.

L’ordre de déportation d’Himmler du 16 décembre 1942, « Auschwitz Erlass », concerne la déportation des Tsiganes de 11 pays d’Europe. Jusqu’en février 1943, 23 000 Tsiganes, dont beaucoup d’enfants et d’adolescents, ont été déportés à Auschwitz-Birkenau, dont 10 000 provenant de familles du Reich. Certains meurent pendant le transport, puis de faim, de maladies, "d’expériences médicales", et d’actions de gazages en mars et mai 43. Les bébés, tatoués meurent peu après leur naissance. En mai 1944, sur les 23 000 Tsiganes, il en reste 6 000 à Birkenau, au camp B II e

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A Auschwitz-Birkenau © E Py. 2001

Action de résistance au camp de Birkenau

Avertis de la « liquidation » du camp tsigane, par le Polonais Tadeusz Joachimowski, secrétaire du camp, le 16 mai 1944 une action de résistance éclate dans le camp des Tsiganes. Le soir, les baraques sont encerclées par une soixantaine de SS armés de mitraillettes. Quand l’ordre est donné de sortir des baraques, ils n’obéissent pas. Ils sont armés d’outils, de bêches, de haches, de pieds de biche et comptent se saisir des mitraillettes quand les SS pénètreront dans les baraques.
Les SS abandonnent : parmi les Tsiganes se trouvaient des soldats de la Wehrmacht [3]provenant du front russe et qui avaient été déportés fin 43 à Birkenau.
Mais l’esprit de résistance ne peut s’étendre à tout Birkenau.

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Auschwitz-Birkenau : Portrait d’une femme tsigane par un déporté juif

Un certain nombre de Tsiganes sont envoyés dans d’autres camps comme Buchenwald ou Ravensbrück, pour les exterminer par le travail. Il reste autour de 2900 Tsiganes, des enfants, des femmes, des malades, des vieillards, qui sont gazés dans la nuit du 2 au 3 août 1944.
Rudolf Hoess écrit dans « le commandant d’Auschwitz parle » qu’il ne fut pas facile de les faire rentrer dans les chambres à gaz. Filip Müller, du Sonderkommando témoigne : « De toutes part, les gens hurlaient, nous sommes des Allemands... De la chambre à gaz montaient des cris jusqu’à ce que le gaz fasse son effet. « Nous voulons vivre ».
Le BIIe est vide.
Le 26 septembre 44, des jeunes arrivent de Buchenwald et seront envoyés à la chambre à gaz.

La mémoire des Tsiganes

Comme l’a rappelé le président de la République allemande, Johannes Rau, les Sinti et les Roma, par cette action de résistance, ont reconquis cette dignité dont ils avaient été privés par les lois et décrets nazis.
Romani Rose, président du Conseil central allemand des Sinti et Roma, demande que la construction d’un monument placé entre le Reichstag et la porte de Brandebourg, ne tarde pas.
Sur ce monument doit figurer une citation de l’ancien président de la République allemande, Roman Herzog, datant d’un discours du 16 mars 1997 :
« Le génocide des Sinti et Roma, a été exécuté sur la base même du motif de la folie raciale avec la même intention et la même volonté de l’extermination planifiée et définitive que celui des juifs. Ils ont été assassinés dans l’ensemble de l’aire d’influence du national socialisme, systématiquement, par famille, du bébé au vieillard. »
Mais, les débats s’éternisent.

Sur 40 000 Sinti et Roma allemands, 25 000 ont été tués.
Romani Rose, rappelle que le génocide de 500 000 Sinti et Roma en Europe a été refoulé, après 1945, de la mémoire publique. Les Sinti et Roma ont aussi participé à des actions de résistance armée en Europe occupée. Ils n’étaient pas que des victimes.

La dernière stèle de béton du monument de l’holocauste des juifs vient d’être posée, le 15 décembre 2004.

©Nicole Mullier http://cercleshoah.free.fr et Daniel Letouzey http://aphgcaen.free.fr/ décembre 2004 [4]


[1] http://www.ushmm.org/wlc/en/index.php ?ModuleId=10005219->http://www.ushmm.org/wlc/en/index.php ?ModuleId=10005219

[2] Il se base sur les travaux du Dr. Robert Ritter

[3] M Vidal-Naquet précise que des Tsiganes membres de la Wehrmacht sont arrivés à Auschwitz portant leurs décorations ; cf. par exemple H. LANGBEIN, Hommes et Femmes à Auschwitz, trad. D. Meunier, Fayrad, 1975, p. 27 ; en général voir D. KENRICK et G. PUXON, The Destiny of Europe’s Gypsies, Sussex University Press, Londres, 1972 . www.anti-rev.org

[4] D’après Taz, Frankfurter Rundschau, die Welt, die Zeit et le Centre culturel et de documentation allemand des Sinti et Roma.(Heidelberg). Site Histoire de l’Allemagne.Centre culturel et de documentation des Sinti et Roma. Histoire des Tsiganes :Teacher’s Guide Floride


A lire, à visiter :

Bibliographie :

-  J. SIGOT, Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945, Bordeaux, Editions Wallada, 1983 et Ces barbelés oubliés par l’histoire. Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945) (édition revue et enrichie publiée en 1994)
-   Jan Yoors, La croisée des chemins, la guerre secrète des tsiganes, 1940-1944 , éd. Phébus, 1992
-  Henriette ASSEO, Les Tsiganes. Une destinée européenne, Paris, Gallimard, 1994
-  Denis PESCHANSKI, Les Tsiganes en France 1939-1946, avec la collaboration de Marie-Christine Hubert et Emmanuel Philippori, CNRS Editions, 1994.
-  Paul LEVY, Un camp de concentration français : Poitiers 1939-1945, Paris, SEDES, 1995
-  Donald KENRICK, Grattan PUXON, Destins gitans : des origines à la solution finale, édition Gallimard, 1995.
-  Marie-Christine HUBERT, Les Tsiganes en France 1939-1946. Assignation à résidence, Internement, Déportation, 4 Tomes, Thèse de Doctorat, Université Paris-X-Nanterre, Décembre 1997
-  Claire AUZIAS, Samudaripen, le génocide des Tziganes, l’esprit frappeur, 2000
-  Mathieu PERNOT, Un camp pour les bohémiens, Mémoires du camp d’internement pour nomades de Saliers, textes de Henriette Asséo et Marie-Christine Hubert, Actes Sud, 2001.
-  Emmanuel FILHOL, La mémoire et l’oubli, L’internement des Tsiganes en France, 1940-1946, Centre de recherches tsiganes, L’Harmatttan, 2004
-  Guenter LEWY, La Persécution des Tsiganes par les nazis, trad. par Bernard Frumer, préface d’Henriette Asséo, les Belles Lettres, 2004 http://www.nouvelobs.com/articles/p2044/a229288.html
-  Annette WIEWIORKA, Auschwitz, soixante ans après, Robert Laffont, 2005
-  bibliographie sur les Tsiganes : http://www.etudestsiganes.asso.fr/livres/livres.html
-  divers : http://docsvr.lyon.iufm.fr/cgi-bin/bibrebond ?THESAURUS:2569

Filmographie :
-  Mémoire de voyage, de Cheikh Djemaï, 1992
-  Les Oubliés de Montreuil-Bellay, de Abdelali Boutibi, 1999
-  Route de Limoges, de Raphaël Pilhosio, 2003

Liens internet :

-  Le génocide des Tsiganes européens sur l’encyclopédie multimédia de la Shoah : http://www.ushmm.org/wlc/article.php ?lang=fr&ModuleId=75 et http://www.ushmm.org/wlc/article.php ?lang=fr&ModuleId=229
-  Histoire des Tsiganes et carte : http://school.chez.tiscali.fr/tsigane.html
-  Dans la revue Etudes tsiganes : http://www.chez.com/aipj/genocide_tsiganes2.htm
-  Internement des Tsiganes en France, Marie-Christine Hubert : http://centri.univr.it/resistenza/indesiderabili/hubert.htm
-  Les Tsiganes, Jacques TARNERO http://www.anti-rev.org/textes/Tarnero95a/racismes-2.html
-  Histoire de France, histoire d’Europe, le génocide des Sinti/Roma http://www.dromedu.org/france.htm avec une carte des camps tsiganes.
-  Denis Peschanski, La France des camps (1938-1946), 2000 http://histoire-sociale.univ-paris1.fr/cherche/Peschan2.htm
-  Mémoire-Net, Approches croisées : http://www.memoire-net.org/article.php3 ?id_article=135 avec dossier pédagogique : http://www.memoire-net.org/article.php3 ?id_article=247
-  La mémoire et l’oubli : L’internement des tsiganes en France 1940-1946. Conférence du Cercle d’Etudes de la Déportation et de la Shoah http://aphgcaen.free.fr/cercle/tsiganes.htm
-  Site Histoire de l’Allemagne : http://www.dhm.de/lemo/html/wk2/holocaust/sintiroma/
-  Centre culturel et de documentation des Sinti et Roma http://www.sinti-und-roma.de/
-  Histoire des Tsiganes  :Teacher’s Guide Floride http://fcit.coedu.usf.edu/holocaust/people/USHMMROM.HTM Sinti & Roma : Victims of the Nazi Era, 1933-1945, States Holocaust Memorial Museum



. > Un monument pour les Tsiganes à Berlin , envoyé le 3 février 2006, par Jacques Sigot  
Bonjour, A propos des souffrances subies par les Tsiganes au cours de la Seconde Guerre mondiale, je vous rappelle l’existence du plus camp de concentration que la France ait ouvert sur son territoire, celui de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire). Il en reste de nombreux vestiges, mais ceux-ci disparaissent progressivement sous de faux prétextes. Nous avons créé une association pour essayer de sauver le site menacé. http:memoire.du.camp.free.fr Il reprend toute l’histoire de ce camp. Jacques Sigot


 

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