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Louis Gentil
Louis Gentil
 



 
 

samedi 8 avril 2006 par Evelyne Marsura

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Le colonel Louis Gentil

Paris. 15 août 1944... Les armées alliées approchent et, déjà, des grèves annoncent l’insurrection prochaine. Un dernier train de déportés NN a été retardé en gare de Pantin et, pendant quelques jours, c’est l’espoir d’une libération prochaine pour quelques 2400 hommes et femmes détenus dans les prisons de la capitale. Mais les Allemands s’acharnent ! Ce 15 août, les détenus sont entassés dans les wagons du « quai aux bestiaux » [1] et, à minuit, le train s’ébranle pour un long voyage sous la chaleur torride de ce dernier été de guerre. Réseau ferré coupé par les bombardements, actions de la Résistance, interventions de la Croix-rouge ou du Consul de Suède [2] , personne ne parviendra à empêcher ce train d’arriver à Buchenwald le 20 août !

Parmi les nombreux résistants que les nazis tiennent à déporter, le colonel Louis Gentil.

Spécialiste de l’artillerie

Louis Gentil, polytechnicien, brillant officier spécialiste de l’artillerie, avait été muté après l’armistice à Clermont-Ferrand, comme adjoint à la direction de l’artillerie, chargé du parc de matériel. Cette fonction lui permit de participer activement au camouflage des armes, mais aussi d’être associé à l’organisation de travaux secrets autour d’armes nouvelles. [3].

Las d’espérer un retournement de plus en plus improbable de Vichy, en désaccord avec la politique collaboratrice et antisémite de ce gouvernement fantoche, convaincu que son devoir l’appelait du côté de la France Combattante, le colonel Gentil se fit mettre en congé d’armistice, espérant rejoindre les unités combattantes en Afrique du Nord où, de plus, des essais devaient concrétiser les travaux scientifiques de l’équipe de Lyon [4] . Mais, à Londres où il se rendit en septembre 1943, on lui fit comprendre que ses qualités d’organisation seraient plus utiles sur le territoire national : le BCRA avait besoin de réseaux efficaces et d’hommes capables de les structurer.

« II y eut, entre nos parents, des débats longs et difficiles à l’issue desquels ils décidèrent en commun où se trouvait leur devoir. Dans l’admiration que je porte à mon père compte beaucoup le fait qu’un homme - aussi imprégné que lui de la vertu d’obéissance - ait su désobéir, après avoir pesé au trébuchet de sa conscience les éléments complexes d’une telle décision. Qu’il ait su choisir, aussi, (...) l’AS, l’Armée Secrète, qui reconnaissait le chef de la France Libre. (...) » (témoignage de son fils Pierre Gentil )

Chef du réseau FFC Darius, antenne nord de Gallia.

Henri Gorce dit « Franklin », chef du réseau FFC Gallia [5] , gardera un souvenir très fort de sa première rencontre avec Louis Gentil qui allait devenir son adjoint : « Grand et mince, chaussé de leggings, pantalon de cheval, une énorme rosette à la boutonnière portée comme un défi à l’occupant, une canne taillée dans une branche telle que les avait illustrées les poilus de 14-18, le visage orné de lunettes qui le faisait ressembler étrangement aux photos que je connaissais de Galliéni, tel m’apparut celui qui devait devenir mon premier adjoint et dont la rigueur mathématique devait donner à notre réseau sa forme définitive. Notre conversation, longue et confiante, devait faire disparaître mon appréhension. Et tout d’abord, malgré les lunettes, un regard d’une immense bonté dévoilait une intelligence vive et précise et surtout, ah oui surtout, un patriotisme et un enthousiasme de jeune homme, prêt à tous les sacrifices pour libérer notre pays. [6] »

Dès le printemps 1943, Louis Gentil participa activement à l’organisation de ce réseau de renseignements militaires, puis, il fut chargé, en 1944, de la création du réseau Darius, antenne nord de Gallia. Transmission d’informations sur les unités allemandes et leurs mouvements, repérage des installations côtières et des rampes de lancement de V1, autant d’informations qui allaient être capitales lors du débarquement.

Du repérage des rampes aux V1 de Dora

Le 24 mai 1944, alors qu’une réunion du réseau Darius devait se tenir à Paris, Louis Gentil était arrêté avec son beau-frère Paul Vieille. Emprisonnés à Fresnes, ils furent déportés en Allemagne par le dernier convoi de déportés résistants qui quitta Paris, le 15 août 1944. Ils ignoraient certainement que le destin avait placé leur cousine Hélène Vieille parmi les femmes du même convoi. [7].

Effet malicieux des affectations en kommandos ou volonté délibérée des nazis, Louis Gentil fut transféré à Dora, le sinistre lieu de la construction des V1 et V2 où tant de déportés ont disparu. Ses camarades ont gardé le souvenir d’un homme optimiste malgré la dure épreuve, toujours prêt à remonter le moral de celui qui était prêt à flancher. Ses responsabilités dans la résistance et ses connaissances approfondies en armes nouvelles le conduisirent rapidement à participer à la Résistance qui tentait de s’organiser et de saboter la production. En novembre 1944, il fut enfermé à la prison de Nordhausen avec les autres déportés suspectés de résistance.

Gravement malade, Louis Gentil s’est éteint au Revier, mouroir du camp, le 8 avril 1945 quelques jours avant l’arrivée des libérateurs.

Agé de 49 ans, Louis Gentil était père de 7 enfants dont la dernière, née en 1943, avait été prénommée France-Odile.
« Dora », composée par l’un de ses petits-fils, Alain-Noël, est un hommage à son grand-père, ravi aux siens.

« Un officier digne dans sa souffrance
réconfortant ses amis de misère
J’aurais aimé pour composer ma stance
J’aurais aimé te connaître, grand-père »
Alain-Noël Gentil, Dora


Nommé général pendant sa captivité, officier de la Légion d’Honneur, croix de Guerre 14/18 et 39/45, médaillé de la Résistance, commandeur de l’Ordre de Léopold (Belgique) , Louis Gentil a été nommé Compagnon de la Libération par décret du 7 juillet 1945.

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notes :

[1] En gare de Pantin, le quai aux marchandises d’où partent les trains de déportation est nommé le " quai aux bestiaux "..

[2] Le 16 août, le train s’arrête, un pont ferroviaire sur la Marne ayant été détruit. Les déportés doivent alors rejoindre à pied un autre train. Le 17 août, la résistance essaie, sans y parvenir, de stopper le convoi. Plus tard la Croix-Rouge tente aussi de convaincre le chef de train SS. Dans le même temps, à Paris, le consul de Suède Raoul échoue dans ses démarches... d’après le Livre-mémorial des déporté(e)s parti(e)s de France, arrêté(e)s en application des mesures de répression prise par l’occupant ou le régime de Vichy, Fondation pour la Mémoire de la déportation, 2000

[3] Sous le couvert de la « Section Technique de l’Artillerie » et du « Service Central des Marches et de Surveillance des Approvisionnements » organisés clandestinement par le colonel Gentil et le colonel Dubouloz, des chercheurs ont pu poursuivre en secret leurs travaux à la Croix-Rousse à Lyon , notamment Jean-Jacques Barré, « père » de la fusée baptisée EA 1941

[4] Des essais ont lieu au Larzac en 1941 et 1942, puis au fort de Vanléa (près de Lyon). Le projet de transfert en Algérie est abandonné à cause du débarquement allié de novembre 1942. Les essais ne seront repris par JJ Barré qu’en mars 1945, après la Libération. Olivier Huwart, Du V2 à Véronique, Marines Editions, 2005

[5] Engagé aux Forces françaises libres, affecté au Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), Henri Gorce-Franklin a été envoyé en France en février 1943, avec pour mission de créer, en zone sud, le réseau Gallia, spécialisé dans le renseignement militaire.

[6] Souvenirs de résistance, Henri Gorce-Franklin

[7] 541 femmes , déportées par le même convoi, sont arrivées à Ravensbrück le 21 août 1944. Parmi elles, Hélène Vieille arrêtée pour Résistance.



A lire, à visiter :


-  Pierre Gentil, Saga - brève et partielle- de la famille Louis Gentil, , décembre 1997, non publié.
J’adresse tous mes remerciements à Monsieur Pierre Gentil pour l’aide qu’il m’a apportée en me confiant ce recueil autour de souvenirs familiaux et pour la confiance accordée au détour d’une correspondance toujours franche et amicale malgré les souvenirs douloureux que je réveillais. La recherche d’éléments autour de son père m’a passionnée ; elle a été grandement facilité par sa propre quête . J’espère pouvoir, un jour , remercier Monsieur Pierre Gentil par quelques détails qu’Internet permettrait d’obtenir.

-  Alain-Noël Gentil, le site d’Alain-Noël http://alainnoelgentil.free.fr/
C’est le hasard qui a placé les vers d’A-N Gentil sur ma route. J’étais loin de me douter alors que son grand-père était un si grand Homme.

-  Jean-Philippe Meyssonnier. Le réseau Gallia, 1943-1944, 208 f. Mém. DEA : Hist. du XXe siècle : Paris, IEP, 1994, dir. : J.-P. Azéma. (B. FNSP).

-  Henri Gorce-Franklin , Souvenirs de résistance, publiés dans le journal des FFC de Lyon ( voir chapitre VIII)

-  Livre-mémorial des déporté(e)s parti(e)s de France, arrêté(e)s en application des mesures de répression prise par l’occupant ou le régime de Vichy, Fondation pour la Mémoire de la déportation, 2000.
Livre 4, pages 1505 à 1594, I. 264. Transport parti le 15 août 1944 de Pantin et arrive le 20 août 1944 au KL Buchenwald et le 21 août 1944 au KL Ravensbrück

-  Jean Michel, Dora, , JC Lattès, Livre de poche, 1975.
Outre le témoignage poignant de l’auteur sur "l’enfer de Dora", on trouvera à partir du chapitre XXVI, le récit de l’arrestation des Français du camp, des semaines à la prison de Nordhausen et l’indication de la mort de Louis Gentil.

-  André Sellier, Histoire du camp de Dora, éd. La découverte, Paris, 1998

-  La biographie de Louis Gentil sur le site de l’Ordre de la Libération et la biographie d’Henri Gorce-Franklin

-  Jacques Villain, Jean-Jacques Barré pionnier français des fusées et de l’astronautique, SEP, 1993 .




 

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